
Cet été, je ne compte pas mes journées en heures ensoleillées, ni en 5 à 7 sur terrasses bondées. Non, moi, mon été je le calcule actuellement en solitude kilométrique!
Pour me vider l'esprit, rien de tel qu'un paire de chaussures de course, ou mon vélo (une antiquité fonctionnelle, soit dit en passant!) pour entraîner les battements de mon coeur dans des palpitations dignes de soupirs orgasmiques!
J'ai choisi de fracasser mes propres records, bien modestes faut-il le préciser, pour en arriver à me remonter pas seulement le popotin, mais surtout une image de moi-même qui commençait à s'alourdir avec la trentaine. Ne saviez-vous pas que la trentaine, sous ses faux airs de jeunesse, est une vilaine cachottière qui vous camoufle tranquillement des cellules adipeuses devant de pauvres muscles encore bien vivants? Elle perturbe votre sommeil, ralentit vos gargouillis intestinaux, exaspère votre teint, s'attaque au blanchiment de votre crinière ou l'éparpille subtilement sur le plancher, épuise vos journées, vous fait vous sentir nettement "vieille" au lendemain d'une soirée se terminant aux petites heures (et on ajoute 1 siècle de ce sentiment pour abus d'alcool)... bref, ce n'est pas encore la fin du monde, un quarantenaire me traiterait de braillarde... mais moi, ça me fait suer!
J'ai donc choisi, et pas pour ralentir le vieillissement (tout le monde passe par-là, non?), de suer mon enveloppe corporelle pour la convaincre que la déchéance n'est pas encore de mon monde! Oui, y'a des cellules adipeuses s'accumulant ici et là, mes "rides" d'expressions commencent à me creuser des pattes au visage, mais dans le pot, dans ma cage, se cache un coeur plus en forme que jamais. Et au-dela de la sensation physique qui dicte à mon corps un bien-être nouveau et rassurant, ces kilomètres de coups de pédales et de talons épuisés me vident joyeusement la tête de mes tourments pas toujours évidents. Il m'arrive même parfois de sentir quelques larmes exorciser ma matière grise de la lourdeur de ses tracas lorsque la course achève. Est-ce signe que l'objectif à atteindre est parfois atteignable qu'au prix d'une grande douleur?
Ici, on pourrait confondre douleur physique et celle de l'esprit aisément, l'une allant souvent avec l'autre. Je soupçonne même de plus en plus les grands marathoniens et autres athlètes d'être des fous rageurs dont l'épuisement adrénergique de leurs muscles-poumons-coeur permetterait de camoufler un désir de tout casser , de hurler ou de tuer son voisin! Bon, je vous fais peur? Non, je joue seulement les psychologue à la noix !!! Le bonheur en fait, en plus des bienfaits sportifs, (et je le confirme!) consiste à l'atteinte d'un point où l'inconfort physique, ajouté à l'épuisement psychique permettent d'oublier les malheurs et pépins du quotidien, la corvée de ménage, le boss impatient, les enfants turbulents... lorsqu'on roule au 80e kilomètre de vélo de la journée qui fut venteuse et pluvieuse, rien ne peut alors tourmenter la matière grise que le moment présent. Et vive les endorphines qui attaquent alors la douleur, somnolent les tracas et conduisent le sportif amateur au bout de sa petite victoire...
Peu importe alors que je ne fasse plus le poids physique devant une nombril-percée de 20 ans (qui n'a ni besoin de courir, suer ou rire pour fondre les kilo ou paraître d'un visage d'ange...) je fais certainement le poids de ma différence possédant un esprit vif, des charmes encore inspirants et de mon côté baveux et téméraire, pas piqués des vers!!! Si on ajoute à cela des kilomètres de sueurs, un raffermissement abdomino-fessier et des systoles vrombissantes, j'ose espérer que ma vie devant moi sera encore longue et gigotante!






