21 novembre 2010

La théorie de la meilleure personne



À un enfant on demande naturellement: que seras-tu lorsque devenu grand?

À l'adulte que l'on ne questionne plus (curieusement) sur son avenir alors qu'il en a encore bel et bien un devant, pourquoi ne pas demander alors: qui es-tu, et que veux-tu des années qui t'habiteront encore? Ma réponse, simple et efficace: devenir une meilleure personne!

Mais c'est quoi, devenir une meilleure personne?

C'est peut-être un changement de look, l'implication dans une cause humanitaire ou environnementale, l'amélioration de son sort en frappant le jack pot de l'emploi valorisant et bien rémunéré, l'épanouissement dans une relation amoureuse égalitaire et respectueuse de ses individualités, une vie de famille enrichissante... enfin, la construction d'une aura de bonheur à l'arceau souple et illuminé de rires et de plaisirs? Trop facile...

C'est quoi, selon vous, devenir une meilleure personne?

Passe encore: quitter une vieille addiction, se remettre en forme, être plus présent pour ses proches et amis, transformer son intérieur par le Feng shui, éliminer ses rides par la chirurgie, changer de motoneige, prendre un cours d'art culinaire? Hum... pas sûr!

Mais coudonc, j'y comprends plus rien moi... une PLUSS MEILLEURE PERSONNE? Il me semble que la question est simple?

Oh que non!

Devenir une meilleure personne ça demande des efforts invisibles à l'oeil nu mais remplis d'introspection. C'est une transformation lente et quelque fois imprévisible.

Car la chenille qui tisse son cocon est-elle consciente de ce que sera le résultat final?
Aurait-elle choisi ce "type de papillon-là" si on le lui avait présenté avant le début de son ermitage?

Devenir une meilleure personne, on ne sais pas trop vers quoi ça nous mènera, ni à quoi ça servira, mais j'imagine que ça nous permet de s'accepter, de s'épanouir et de donner au suivant. Mais c'est un concept, ça. Ça s'écrit, ça se travaille, mais n'est pas toujours facile à réaliser.

Le hic, en fait, c'est qu'on sait ce qu'on était avant de démarrer le processus, mais on ne sait pas trop si le résultat sera probant! Par définition il devrait l'être. OK. Car "meilleur" implique la notion de garanti ou argent remis!

Je m'y vois donc comme une participante à une série télé comme "Décor ta vie". Si l'harmonisation des couleurs et des draperies est épatante, en ouvrant les yeux, je ne pourrais que m'écrier WOW en ouvrant la bouche, ravalant ma salive et coulant quelques larmes! Mais non, il n'y a pas forcément de cameraman devant nous à la sortie d'un soi-disant cocon mais n'en demeure pas moins la présence de dizaines de curieux, parents et amis, de l'autre côté du rideau et qui nous espèrent sous notre DORÉNAVANT pluss meilleur nous, avec éclat, brillance et épanouissement flagrant.

Mais encore... partir à la recherche de "sa meilleure personne", s'enfermer dans une cocon c'est de la foutue théorie parce que qui d'entre nous peut réellement se retirer de son quotidien pour habiter sa soie le temps d'atteindre ce but? Non, devenir une meilleure personne c'est le travail de toute une vie. Parfois on a du temps à y accorder, d'autre non: faut vivre avec les réalités du moment.

C'est avancer sans décider à l'avance jusqu'où l'on voyagera, avec qui, quand et comment... C'est d'y aller tout de GO sans réclamer 200. Juste avancer. Mettre un pied devant l'autre. Ne pas se laisser décourager lorsque l'on tourne en rond, ne pas s'écrouler devant l'adversité, ne pas laisser les préjugés nous influencer et faire s'écarter de notre voie.

Compliqué à la puissance existentielle, ce travail intérieur? Ne serait-ce pas plus facile de s'en remettre à un coach de vie, un psy ou plasticien ou autre réparateur pour humain de ce genre? Parfois utile pour démarrer le processus, il faut ensuite se faire confiance et s'en remettre à soi. À soi seul.

Le piège à éviter, moi je vous le dis, c'est de penser y être déjà parvenu. Ah oui, c'est un peu ça! Car les parvenus, c'est connu, ça n'avance plus! Et ça ne se trompe jamais, quelle misère...

Alors la recette pour devenir une meilleure personne? Laissez de côté les GPS, les conseils d'experts et n'espérez pas au détour la gloire devant cameraman: faites votre travail quotidien, arrêtez-vous souvent devant vous-même pour observer la personne que vous êtes devenue à ce jour. Félicitez-vous mais ne vous arrêtez pas là! Un peu d'effort, de grâce. Et au final, si vous êtes une meilleure personne à vos yeux, c'est que vous l'êtes probablement pour ceux qui gravitent tout autour.

J'aime assez l'idée en tout cas!

La Plume... plussss qu'hier mais moins que demain :)

11 novembre 2010

La ronde des papillons

Aujourd'hui, nous avons eu droit à notre premier papillon vert... depuis septembre.


Fier comme un petit prince, mon Bouclé, affranchi de son plus beau et émouvant sourire, m'a lancé en ouvrant bien grande la porte de la maison:

" Maman, j'ai eu un papillon vert! Et j'ai participé au tirage de la semaine! Et j'ai gagné des petites voitures!!!"

La ronde des papillons est donc devenue, pour mon fils et moi, un sujet d'ambition. Considérant les déficits des ses neurones agités, arborant trop souvent des ailes orange brûlé ou rouge flamboyant, les papillons sont devenu des indices de la tournure des évènements.

Je crois bon, dans ce billet, démolir tous vos diagnostics des derniers jours. Ceux-là même qui sont venus à votre esprit depuis la lecture de "Pour qui courir". En fait, vous y est tous allé de vos mots d'encouragements, de questions excessivement délicates pour éviter de prétendre à des maladresses. On m'a demandé s'il était autiste, déficient... d'autres ne l'on pas dit carrément mais on supposé. Bref, des myriades de prétentions qu'au final, et je l'avoue candidement, j'ai involontairement provoquées.

En relisant mon texte, donc, j'ai pris soin de chercher les informations qui pouvaient laisser croire à des diagnostics aussi effrayants. Et avec tout le respect que je porte à l'autisme et la déficience intellectuelle, je rassure mes lecteurs: mon fils ne souffre en rien de cela. Mais mon fils est neurologiquement malade. Et ça se soigne...

Depuis 3 ans déjà, dans mon coeur de mère, il y a cette certitude que mon Bouclé n'est pas comme les autres. J'ai questionné, obtenu des réponses, mais certains y étant farouchement opposés, j'ai dû attendre et me replier jusque dans les méandres du l'organisation scolaire pour trouver enfin une oreille, une ouverture saine et intéressée à comprendre puis aider.

Mon Bouclé est toute l'énergie que la vie d'un enfant oblige, avec cet excès que son cerveau ne sais pas se doser, s'arrêter, contrôler ses pulsions. En résultat alors des comportements l'empêchant de mettre un frein naturel à tous ses élans. Il n'est ni autiste, ni déficient, ni glinglin... il est HYPERACTIF! Mais si je vous avais vendu cela autrement, en écrivant simplement qu'il court toujours partout, qu'il n'arrive pas à réfréner ses discours et qu'il saute au cou de tous ses amis en pleine classe, vous auriez tous eu le très préjudiciables réflexe de prétendre à la mauvaise discipline, au "mauvais élevage" parentale.

La difficulté avec la réalité des enfants souffrants de TDAH et de leur famille ne tient pas du diagnostic qui peut être établit sans autres doutes, mais elle tient dans les préjugés, la méconnaissance, l'impertinence de ceux qui croient à tort, qu'en leur tordant le bras on arrivera à quelque chose. On ne remettrait pourtant jamais en doute la nécessité de médicamenter un enfant souffrant d'une vilaine fièvre, ni de laisser porter des verres correcteurs à celui qui est myope. Pourtant, le TDAH n'a rien d'une prétention moderne comme quoi le milieu scolaire ou parentale a perdu patience à l'égard de ses enfants! C'est un trouble neurologique connu et reconnu.

Depuis toujours, mon Bouclé n'arrive pas à tenir sur une chaise. Dans les corridors de son école on le surprend constamment à gambader, sautiller, placer une botte devant son crochet puis l'autre au crochet d'un ami de la classe voisine. En un mois, déjà, il est arrivé à bout de tous ses crayons à force de se lever pour aller à l'aiguisoir! Bouger, bouger, bouger... dans son corps, dans sa tête, tout le temps, partout, peu importe les conséquences.

Fier de ses connaissances et de sa force de petit homme en pleine santé, il est énergique. Mais trop. Alors douteriez-vous de l'utilité d'intervenir si votre ordinateur disjonctait? Si des milliers de pages Internet s'ouvraient toujours devant votre écran mais ne laissant à aucune le temps de s'afficher ou de transmettre ses informations correctement? Si votre tête était un continuel champ de bataille entre tout ce qu'il y a à faire, d'avec ce que vous entendiez, voyiez, respiriez, touchiez, ressentiriez? À quand le repos et la possibilité de comprendre réellement la vie qui vous entoure?

Mon Bouclé est hyperactif. Et ça se soigne.
Mon Bouclé est doux, et infiniment intelligent, et patiemment bien élevé.
Mon Bouclé est un ange cornu a qui des ailes pharmacologiques sont nécessaires pour qu'il puisse s'envoler!



La Plume... qui adore son blondinet bondissant!

5 novembre 2010

Pour qui courir


Elle fut intense, sous le soleil de novembre, cette petite course de 6km. Je me suis demandée tellement de fois les raisons pour lesquelles je courrais, pendant les derniers mois, que je n'avais jamais cru que cela puisse servir qui que ce soit d'autre que mon égoïste moi. Pourtant, ce matin, l'évidence portait les élans de cette nouvelle source d'inspiration, la question étant soudainement devenue: "Pour qui courir?". J'ai donc réalisé à quel point se tenait, devant mes yeux embués d'incertitudes et de désemparement, cette image de ton visage inspirant. Aujourd'hui, j'ai couru toute la sueur de mon corps juste pour toi.

Je courrais pour tes grands yeux bleus, vifs de curiosité et de toute l'impétuosité malade de tes déficits synaptiques...

Je courrais pour le bouclé de ta tête pleine de ces neurones en constante chamaille d'avec tes propres instincts bondissants...

Je courrais pour ton sourire moqueur qui tente d'effacer les grossièretés lancées sans crier gare...

Je courrais pour tes muscles qui se tendent comme des arcs à réaction, 24 heures sur 24...

Je courrais en me disant que si mes blessures de joggeuse avaient la chance de trouver guérison dans la patience de quelques jours, quelques semaines de repos, les tiennes ne disparaissaient pas, même dans toute la volonté de tes promesses de petit garçon. Ni même pendant tes sommeils car je soupçonne jusqu'à tes rêves d'êtres peuplés de champs de batailles, de Transformers, de dinosaures, de voitures de courses. Et de feuilles d'automne qui virevoltent, de crapauds sautillants, de chevaliers galopants, de chanteurs hurlants.

Non, ton repos, même, n'est jamais paisible. Et malgré la nuit pour t'adoucir ne serait-ce que trop peu, tes journées demeurent des combats ultimes d'avec les étourderies que ton esprit imagine.

Et dans tout cela, cher amour, cher petit, ton corps malmené par ses urgences émotives arrive à se lover, parfois, contre le mien en se faisant boule d'abandon suppliant ma chaleur apaisante. Si tu savais alors tout ce mal que je ferais mien pour ensuite le bombarder comme on le fait des monstres décadents! Mais je ne peux que caresser ta tête en chuchotant des mots d'amour et en rêvant pouvoir m'y glisser pour débrancher les connexions tortueuses de tes tourments.

Je courrais aujourd'hui pour souffrir à ta place. Je montais de rage les sentiers abruptes, je brûlais mes muscles en arrachant l'asphalte sous mes pas, je grimaçais mes palpitations sans pitié comme pour tenter d'anéantir ces forces constantes et d'apparences immobiles qui t'habitent.

Je courrai demain, et l'autre encore jusqu'à ce que tes chemins ne convergent plus que vers un seul: celui de la quiétude de ton esprit et la paix de tes fibres corporelles.


La Plume...

30 octobre 2010

Vendredi des horreurs!

Vendredi soir. Une petite musique jazzée à la voix feutrée voyageant de notre salon jusqu'à nos oreilles.
Le lumière est intimiste. Le sérieux de l'affaire pousse tout un chacun à conserver un grand calme. C'est pratiquement le silence total. Sauf pour Madeleine... la jazzwoman!

Il y a devant nous, trois petites citrouilles. Mignonnes comme tout. L'une pour ma poulette, l'autre pour le p'tit dernier, et l'autre pour amuser la maman et servir de plat de service pour notre potage macabre de demain. Y'a la chevelure des sacrifiées qui s'étalent sur la table, les pépins échoués un peu partout, les mains oranges de tout un chacun laissent imaginer le massacre en cours. Bref, y'a de l'action, même dans le silence.

Sous les ordres des petits, je sors mon couteau suisse et m'affaire à parfaire les sourires, naseaux et queneuilles des potirons décoratifs. Mademoiselle a ses préférences: un nez en octogone, rien de moins! Et ainsi je communique toute la grâce de mon non-talent pour la décoration critrouillère à ma fine lame et m'impressionne moi-même. Soudain, juste à mes côtés, je vois la lumière miroitant sur la lame acérée qui déflore brusquement le capuchon de la citrouille du petit. Et elle s'extirpe fièrement de ce casque orangé sans dommages pour l'artiste en apprentissage. Qu'à cela ne tienne, je hurle!

"Mais tu es fou! Vois-tu seulement à quel point tu as failli couper tous les doigts de ta main?"

Lui, rouge de culpabilité et de peur (c'est que maman a crié bien fort, malgré elle), court aussitôt vers sa chambre et prend le temps de se calmer un peu. Ma fille et moi l'incitons à reprendre là où il avait laissé, en expliquant qu'un avertissement sévère dans ce cas, vaut mieux qu'une visite à l'urgence.

Il revient, renifle un grand coup et repart de plus belle, enfin, avec un peu plus de finesse.

Et moi qui raffine l'octogone, m'attarde aux sourcils demandés par la Miss, et c'est là que la froideur d'un trop macabre état halloweeneux frappe à la porte: il lève les yeux, respire profondément, puis abandonne le couteau sur la table. À ce regard dépité je comprends que le drame vient d'entrer chez-nous. La paume du pouce n'ayant rien d'une cotte de mailles, la fine chair s'est vu empalée docilement et bien malgré elle...

Ça y est, on embarque. Direction, l'urgence. Parce que la plaie gigote. Et elle ne se refermera pas d'elle-même, peu importe la patience et les pansements attentionnés. Il y aura sutures. Et le Monsieur, qui est déjà passé par là, ne trouve pas ça drôle du tout! Que ce soit par orgueil ou lancinante douleur, les larmes coulent à flot et se répandent sur mon épaules de maman rassurante et cajolante. Nul besoin ici de reprendre la rhétorique: oui, quand maman dit de faire attention, c'est pas pour couper le plaisir! C'est du sérieux. Les mamans savent ces choses-là!

Ainsi, trois heures plus tard, de retour à la maison (le jeune ayant refusé l'offre de la docteure de terminer son costume de Frankeinstein par quelques points supplémentaires au front?!) tomba du sommeil du juste, sans histoires de chevalier, ni de capes ni d'épée. La soirée ayant été suffisamment sanguinolente comme ça! Bon dodo, mon super héros!


La Plume...
... qui a dû, au retour, nettoyer l'effroyable carnage décorant le comptoir et la table! Ouach!


24 octobre 2010

Laisser entrer l'histoire


Un seuil, un cadre, un judas, un heurtoir, peut-être une chevillette. Mais ce qui en fait leur beauté c'est leurs histoires! Remarquez comme celle-ci est majestueuse dans sa sobriété: fière de sa petitesse mais non moins forte aux côtés de l'extravagante pouvant accueillir un géant. Ici on sens la générosité dans la simplicité.

À mon passage, elle m'a chuchoté des mots doux, une invitation charmante à se raconter. Je me suis alors freinée puis retournée. Et si on pactisait ensemble, le temps d'une photographie.

" Oh! Moi? Petite moi? Pour tout vous dire, ici il s'en passait, des choses... mais n'entraient que les valets et les bonnes, les vivres et les bagages. Juste-là, chez ma voisine, s'attardait le courrier, les grands voyageurs, le Docteur, les invités au bal et les étrennes du Nouvel An.

De mes vigoureux vantaux on faisait usage, tout en secret pourtant, de l'accès pour la maîtresse de Monsieur. Vous savez, elle était fort jolie, enfin, ses yeux à eux seuls, par l'ouverture de sa cape me faisaient aussitôt fondre le verrou! Je crois qu'elle, comme moi, étions conscient de notre sort ici: jamais on ne nous ferait les grands honneurs, mais nous acceptions et volions ces instants de bonheurs avec dignité.

Et j'ai mené de bien loyaux combats! Souvent, les ivrognes de la rue descendaient l'allée et frappaient violemment à chaque porte, cherchant un chez-soi que l'alcool n'arrivait plus à distinguer. Puis les colporteurs... arghhh! Ces indicibles malfrats de l'arnaque. On les refusait à la grande porte et ils aboutissaient tous chez moi, certain plus étranges que d'autres. Je me rappelle précisément le vendeur de cet imbuvable élixir contre la grippe. À croire qu'en ces temps, l'influenza était paranoïa. Mais ça, ça n'a pas beaucoup changé... Et que dire des trottoirs poussant leurs neiges usées jusqu'à mon pas! Je ne vous dis pas tous les efforts consentis pour permettre qu'on me laisse faire mon humble travail... "

Alors, de ce chuchotement devant une porte, une photographie et on laisse entrer le temps. Comme quoi, tout à une histoire...


La Plume

11 octobre 2010

Chopinades

Ou Chopin le délinquant!

Sans égard à la portée et à la croche, seul devant son clavier, je l'imagine amoureux dans l'acte et passionné à dévoiler ses phrases musicales. L'ensemble devient soupirs et blanches et noires, tous entrecroisés d'émotions sur des pages d'abandon artistique.

Est-il celui qu'on croit? Celui qu'on espère? Celui qui glisse ses doigts sans ordre ou qui ordonne méthodiquement? Et moi, humblement, je ressens la musique et me fait cette délicieuse réponse: écouter Chopin c'est pouvoir le sentir un peu. Le jouer c'est fleurter avec ses propres émotions en invitant les siennes: impudiques, romantiques, racoleuses, séduites... Et tout, là, de l'énergie transmise jusqu'à nos mains pour improviser l'était du moment: andante, adiago, moderato, lento, pianissimo...

Mais je suis vendue! Mauvaise juge parce que séduite depuis notre première rencontre. Un coup de foudre qui ne me brûle pas, mais frétille dans mon ventre lorsqu'il cogne à mes oreilles. Je deviens alors toute ouïe, neurones impatients, coeur palpitant et joues bien roses. Puis à la grâce de Fryderyk je m'abandonne confiante !


La Plume
http://www.youtube.com/watch?v=YGRO05WcNDk&feature=related

29 septembre 2010

Un canard dans la mare...

La pluie ne m'a pas arrêté, cet après-midi au retour du travail. Je n'en pouvais tellement plus d'avoir le corps crispé devant l'écran de mon ordi; va pour les doigts qui se délient sur le clavier, mais les pattes, elles, les Essentielles? J'ai donc enfilé mes collants, ma veste coupe-vent et suis partie explorer les rues des alentours.

J'ai dû mettre les pieds dans les "lacs" d'eau au moins 6 ou 7 fois, puis dans des petites flaques encore plus régulièrement, ricanant de mon sort et paradant dégoulinant comme un canard dans la mare qui se marre... Toujours est-il qu'à environ 200 petits mètres de chez moi, au finale de ma course et pendant ma marche de récupération, un petit cabot, pas plus grand qu'on gros rat, trempé lui aussi jusqu'aux os, a commencé à me talonner amicalement.

Je veux bien qu'il soit d'humeur mais je suis pas en faveur de cette soudaine intervention canine. Je l'intime donc avec des "ousts" pas trop agressant d'abord, plus insistant ensuite, de regagner son logis. Rien à faire: il branle la queue, saute à mes mollets, c'est la "cruise" quoi!

La pluie augmente son débit, mais au point où j'en suis je décide de me mouiller un peu plus puis de frapper à quelques portes du voisinage à la recherche des maîtres de pitou. À la première porte (et avec cet air dignement détrempé qui me coiffe), j'explique la situation. Et non... ici on ne connaît pas la bête.

Porte numéro 2. On m'examine en rigolant: je sais, je sais! J'ai l'allure d'un vilain petit canard, j'ai la goutte au nez, le toupet frisé et le mascara qui fond sur mes joues... mais auriez-vous connaissance de qui pourrait avoir perdu cette laisse à laquelle pendouille ce minuscule canin? Voilà bien ma chance... toujours rien.

La pluie verse et déverse son averse. Je suis complètement transpercée et commence même à geler. Il me faudra bien revenir à la maison, adopter temporairement le chien, me sécher, repartir en voiture car là, pieds mouillés, c'est inconfortable pour la recherche.

Tout à coup, la laisse se tend: Pitou ou Rintintin ou Fido, enfin cette "affaire-là", pointe son museau et insiste sur la pelouse de la dernière maison sur la gauche. Oh! Bonne nouvelle? Je lâche la prise... il s'éloigne... gravite autour de la porte... Il n'en faut alors pas plus pour que je tourne rapidement le dos et active, pour un dernier sprint, mes mollets et mes nouveaux pieds palmés...

Et comme il n'a pas suivi, j'ose imaginer qu'il s'est réfugié à la bonne adresse! Alors vivement que je retrouve la mienne car là, ça va faire le look de canard !!!

La Plume... détrempée!

20 septembre 2010

En chute libre...

Ouf!

Je savais qu'elle arriverait celle-là!

La chute d'adrénaline d'après course. Tellement d'intensité dans les dernières semaines, un objectif précis et des journées tricotées serrées autour de mes ambitions. Et maintenant le calme. Le grand calme, même. Celui qui nous rappelle la solitude de ce sport individuel et de ses lendemains trop personnels.

Je cours pourtant encore. Pour ne pas laisser étourdir mon corps par ce vertige. Je cours pour emmagasiner les odeurs automnales, pour ré-apprivoiser la joie qui vient avec le départ des volées d'oies blanches, pour percer mes pupilles de ces oranges brûlés tapissant les feuillages. Je cours pour saisir le plaisir de partir pour ensuite arriver. Je cours donc en rêvant d'ailleurs et d'ici.

Courir en aspirant à d'autres projets. Combattre ainsi l'abattement par les découvertes réjouissantes. Rêver d'autre délices pour assouvir mon insatiable curiosité. Rêver de cardamome, de pommes, de musiques, de décors, d'écriture et de charmes.

Puis continuer de courir tout en accueillant la sérénité des grands calmes. Ces calmes bien personnels habillés de nos solitudes circonstancielles.


La Plume

6 septembre 2010

Pourquoi courir - dernier épisode


Ou...
... un Demi et trois Petits !!!


Il est 6h00. Je n'ai presque pas fermé l'oeil depuis 3 heures. Des crampes menstruelles se sont pointées le bout du nez, comme si j'avais ENCORE besoin d'une autre raison de me sentir impotente... Anti-inflammatoires, anti-douleur... je me sens presque une machine archi-dopée à me voir ainsi avaler ces trop nombreux comprimés.

J'ai préparé les dossards de tous les membres de la famille hier soir et attaché les puces électroniques sur les souliers de course. Ce fut très émouvant. Un rituel que je souhaite bien répéter éventuellement. Puis, je me suis assuré qu'au frigo reposait précieusement notre déjeuner d'avant départ. Y'a le petit dernier qui suit à la lettre tout ce que je fais "pour" ma course: il a mangé un spaghetti (comme sa maman) au souper, il a prévu un yogourt (parce que c'est bon pour le corps) et une banane (pour la force dans les jambes). Sacré petit homme: il a toujours eu un naturel pour la santé et il se préoccupe de la mienne comme si cela faisait partie de sa bulle . Ça me fait vraiment chaud au coeur.

Ainsi donc, au lever, j'ai mal dormi! Le ventre crampé et ballonné au maximum, la hanche couverte d'une plaie de ventouse GROSSE DE MÊME et encore, malgré les médicaments, une démarche ankylosée... Mais j'ai dans la tête une foi immense en ma volonté d'y arriver. De toute façon, mon corps et moi nous nous sommes parlés, yeux dans les yeux: on y va ensemble, ou pas du tout! C'est un ultimatum, un point de non-retour, une défi à relever... ensuite on reposera l'ensemble pour un petit moment.

Le premier test de toute la troupe débute à 8h30. Trois petits mousses au fil de départ de "leur" Marathon, une compétition d'un kilomètre tout en pas d'enfants - 3000 mini-coureurs au bas mot - rassemblés sur la rue, avec en arrière plan le majestueux Stade qui les attend. Il me semble, même à moi l'adulte, que la seule vue de ce grand mat donne déjà toute la volonté d'y arriver. Et il y a un grand-père et une maman remplis de fierté à leur côtés pour courir, et une grand-maman au fil d'arrivée. Je les observe. Déjà, leurs personnalités transparait sur la ligne de départ. Mon grand qui crispe le visage d'anxiété: il a tellement peur de nous perdre sur le parcours. Ma poulette, elle, sourit de tous rayons et est lumineuse: la joie de découvrir pour assouvir sa curiosité. Et le petit dernier se ronge les ongles: un défi à relever et une bulle de concentration à ne pas faire éclater. Ne rien répéter des nombreuses consignes dictées la veille: il sait déjà tout dans sa tête.

C'est ma poulette qui rapidement prend les devants: elle se faufile, joue du coude pour faire son chemin... jette parfois un coup d'oeil derrière pour s'assurer qu'on ne tarde pas trop. Puis les gars, orgueilleux comme il est possible d'en être lorsque mâle, tentent de la rattraper. En fière maman que je suis, je me cache derrière. C'est "leur" course... pas encore la mienne. Ils ont droit de découvrir le parcours seuls. Grand-père tient la route pendant que moi je me risque à prendre quelques photos. C'est tout juste à l'entrée du Stade que les hurlements de la foules, amplifiés pour devenir cacophoniques et vibrants, énergisent ces petits visages épuisés mais allumés. Ils ont "leurs" fans partout... applaudissements, encouragements: la haie d'honneur est époustouflante! Je verse une larme. Et deux et trois...

Et dans leurs visage, à l'arrivée, j'ai réalisé que mes enfants avaient compris toute la valeur de l'effort et la vrai signification du mot "rêver".

Qu'à cela ne tienne, la maman a son propre défi à relever elle aussi. Le premier test est réussi: pour eux mais également pour ma hanche qui s'est échauffée. Je me sens rassurée pour la première fois depuis ma quasi mise KO d'il y a 4 jours. Je me parle, je me touche la hanche: on y va. Je me fais brêve complice du bonheur des enfants mais dois partir promptement si je ne veux pas rater ma course: photos de famille... gros bisous... de l'énergie en boîte pour les heures à venir. Et dans la main? Une 2 ième banane généreusement conseillée par mes apprentis nutritionnistes. Je n'en peux déjà plus du régime de bananes: mais comme ça tombe là où ça compte, on va la bouffer, LA banane!!!

Here we go...

Métro Pie IX. Direction parc Jean-Drapeau. Dans les wagons? que des coureurs. Pratiquement. Les uns entament la conversation, vantent leurs exploits antérieurs, d'autres se cachent dans leur tête... Moi? Un voisin un peu vantard... quelques politesses. Rien de plus.

La foule devient adrénergique à la sortie de la station. À la montée, sur le pont, les milliers que nous sommes (5900 coureurs) s'agitent. Ici, apparition de comportements déviants: il y a les expressifs qui dansent et hurlent au son de la musique, d'autres qui, gonflés de prétention, se faufilent brusquement en prétextant l'urgence de partir dans les premiers de ligne, les retardataires impatients qui se fâchent contre un conjoint ou un ami qui a oublié la collation ou la bouteille d'eau... et des petits nouveaux sur cette distance qui, comme moi, ne savent pas trop sur quelle émotion surfer! Déjà y être, c'est impressionnant: s'il fallait ne pas prendre le temps d'accueillir dans sa tête les échos vibrants des milliers de corps qui s'animent, se serait ignorer le bonheur de vivre ces précieux moment.

J'avoue avoir eu l'impression que nous étions une colonie de pingouins collés les uns aux autres sur la banquise. C'est que le vent, transporté comme un voile infatigable du loin de notre fleuve chéri, nous déstabilise le thermostat intérieur! Nous soufflant dans le dos par moment, il aura du reste toute l'intensité de décoiffer les toupets les plus rebels, et l'audace de nous agaçer dans les montées. Pour rendre le défi encore plus passionnant, évidemment!

Trop de coureurs sont encore amassés sur l'allée menant au départ. On retarde donc de 5 minutes et nous offre, dans l'attente, un discours puis un autre. Je ne sens pas la foule complice du Ministre de la santé à ce moment-ci. Les gens rouspètent un peu. Puis ça y est... le coup d'envoi est donné. La marée humaine, de ma lointaine travée de coureurs, ne bouge encore pas. On tente bien de mettre un pied devant l'autre, de simuler le pas de course, mais c'est inutile. Il me faudra attendre 2 bonnes minutes avant que l'amas se délie un peu et permette à mes pattes d'y aller de leurs propres enjambées.

On est parti. J'en suis. Je n'en reviens pas. Je me sens vraiment sur un nuage. J'inspire à m'éclater les alvéoles pour emmagasiner ces moments d'ivresse puis fonce. Je descends le pont et parcours mes 2 premiers kilomètres en tempo hyper confortables: 5'09... 5'20... j'hésite à continuer à ce rythme pour ne pas me brûler trop tôt. Une fois la montée Berri derrière (ce n'était donc QUE ÇA, la montée Berri?) je conserve un tempo de 5'40, bien en deçà de ce que ma hanche douloureuse et le vent de face risquaient de me ralentir.

Je lâche les doutes, puis me laisser mener dans la foule tout en conservant ma concentration. Mon corps et moi se parlons de temps en temps. Ma hanche installe sa douleur mais ne l'amplifie pas. Ouf! Puis l'Essentielle se porte à merveille, mon orteil rebel ne joue pas les trouble-fête, et le reste de l'ouvrage fait son travail. Merci! On lâche pas...

J'ai mémorisé la suite: ravitaillement d'eau à 4K... gel à 5K, eau à 9K, banane à 11K, eau à 14K, re-gel à 16K, eau à 17K... je respecte tout selon mes plans. En fait, j'ai l'impression d'avoir tellement visualisé le parcours et les postes de ravitaillement que je ne laisse pas beaucoup de place au plaisir de découvrir le décor ou la foule de spectateurs. Aller droit devant. Ma Bulle, ma musique, mon tempo: ne rien laisser au hasard. Et surtout, découvrir mon territoire à moi, mes muscles, mes douleurs, mes foulées, pour apprivoiser tout du long la valeur de l'effort que je demande à mon corps. Sur un des "post-it" affiché sur la porte d'armoire cette semaine il y avait cette petite phrase qui trouve tout son sens ici: " Ce n'est pas de la douleur: c'est du travail!" Eh bien, travaillons!!! Puis la montée Pie IX: tout en vengeance sur les souvenirs de l'an dernier! Je suis plus forte que toi... tu ne m'auras pas... je ne regarde pas trop haut devant, je regarde mon pied droit, mon pied gauche, et ainsi un pas après l'autre puis on recommence. Je dépasse même quelques coureurs et suis fière de conserver mon tempo. Un dicton africain nous rappelle que pour manger tout un éléphant, il faut prendre une bouchée à la fois: alors MANGEONS la montée Pie IX, que diable!!!

De ma Bulle j'ai parfois émergé pour enregistrer d'émouvants souvenirs: ce "tappes-là-dedans" offert par un petit bout de choux spectateur sur le bord d'un trottoir, les crécelles et tambourines, les djembés et la disco, le lapin du 2:00 chrono avec ses disciples piétinants, le coureur-businessman en veston-cravate, bref, 5900 histoires et défis personnels, 11 800 pieds, probablement autant d'ampoules sous la plante et quelques 129,300 km d'asphalte parcourus avec coeur et passion.

J'AI tenu tout du long un tempo plus que raisonnable: sous les 5'40 du kilomètre sauf dans les montées, puis 2 kilomètres en accéléré sur un sprint final dans les 5'10. C'était mon objectif ambitieux de la semaine, considérant les considérants de l'année et les imprévus des dernières heures. Un entraînement tricoté serré, qui au final me congratulait de ma fidèle persévérance.

Ce fut une belle course. Épuisante juste à souhait, ni plus ni moins. Et maintenant je connais l'objectif de mes prochains étés: améliorer mon demi... me concentrer sur les demis... ne pas abandonner le rêve d'un marathon mais ne pas viser si haut que par orgueil mal placé. On verra.

Et près du fil d'arrivée, la bonheur bouillant dans le sang, on regarde ce grand Stade en se remémorant toute la curiosité des "POURQUOI COURIR" lancés, souvent malgré eux, par des spectateurs et la famille avec scepticisme. Et à tous je répondrai: "PARCE QUE", car au final, est-ce si important de n'y rien comprendre?


La Plume...
... premier demi-marathon en 2h03 ce 5 septembre 2010 - Montréal







4 septembre 2010

Pourquoi courir - épisode IX

Ou...
... La conspiration anti-marathon



Certaines parties de mon corps contre-attaquent. Ou bien elles me boudent... ou bien elles jalousent celles qui se sont vues bichonnées et cajolées en période de repos sportif. Toujours est-il qu'à seulement 2 jours de mon demi, je suis paniquée.

C'est la hanche droite. J'ai l'inquiétude tatouée dans le visage, l'âme désespéré... Y aurait-il acharnement et complot de l'univers entier à ne pas me voir courir dimanche? À bout de force, je m'en remets aux bons soins de mon acupunctrice qui m'a transformée, en urgence avant-hier, en hérisson piétinant; elle m'aspire, ce matin, la poignée d'amour dans une ventouse qui me fait presque tourner de l'oeil tellement le résultat est déplaisant et douloureux. L'ai-je déjà dit que je voulais courir dimanche???

Il ne reste que 2 jours... je sais que c'est très peu, considérant l'inconfort et la douleur presqu'intolérable. Les questionnements m'étourdissent. je n'ose pas me confier à mes amis ni à ma famille puisque je ne veux pas de compassion: je veux de l'énergie, de la pensée positive... UN MIRACLE!!! Ne pas intégrer de panique externe dans ma Bulle... elle est bien suffisamment amochée comme ça!

Il ne me reste que 2 jours et dans les derniers jours, outre le repos forcé, j'ai pris soins de concentrer toute mon énergie à ressentir et comprendre ce nouveau pépin mécanique. Alors c'est en tant que nouvelle détentrice d'un "diplôme d'apprenti-physio-psycho-sportive", que j'ai ainsi décortiqué et analysé (encore) tous les éléments de ma course. Je sais que de descendre un escalier est confortable, le monter presqu'impossible sans m'agripper à la rampe... Lorsque j'exagère la bascule de mon bassin vers l'avant la douleur augmente, en sens contraire c'est supportable. Élargir la distance entre mes pieds entre chaque foulée diminue l'impact mais ça n'a rien du patron naturel de ma technique. Et une ligne trop droite, comme celle que je tiens, martèle mon articulation et la rend souffrante.

Je ne sais pas comment réagira la hanche sur une distance de 21 kilomètres. Je ne peux que souhaiter prendre le contrôle "moral" de la Bête en m'entourant de positivisme et ne rien changer à mon plan initial. De cette façon, je souhaite "enseigner" à mon corps et ses inconforts toute la notion de persévérance et de collaboration. Et je courrai en équipe avec moi-même, pas contre. Chaque pas sera un de plus.

Je quitte pour la grande ville dans 1 heure déjà. Et les enfants ne le savent pas encore, mais peut-être que ma seule course de la fin de semaine ce sera celle que je partagerai avec eux, sur leur Petit Marathon. Ensuite, seulement, je pourrai pactiser avec mon corps pour attaquer mon demi.

La Plume... qui s'impatiente décidément de la tournure des évènements :(

30 août 2010

Pourquoi courir - épisode VIII

ou...
... Ça va aller!

C'est étrange, tout ce calme qui m'habite à seulement 5 jours de la course. Un calme immensément fébrile et impatient, comme les moments de calme avant le jour J peuvent l'être. Enfin, je devrais comparer mon calme à un sentiment de bien-être et de confiance que là où j'en suis, rien ne peut plus jouer contre moi, ma course, ma bulle.

Ce n'est pas un excès de confiance ou de la prétention. Non. C'est simplement qu'il n'existe plus aucun doute dans ma tête sur ce que je sais que je peux accomplir. Je connais les moments pénibles de la course, mes points faibles, mes forces et ma tête de cochon. On va l'avoir!

Cette semaine en est donc une de visualisation: mémoriser
le parcours, étudier le parcours, identifier les difficultés, repérer les points de ravitaillement et m'approprier mes besoins par rapport à ce que la distance d'un demi-marathon représente pour mon corps et ma tête. Pour preuve, ce fabuleux parcours de course imprimé et affiché sur la porte de mon armoire de cuisine. Vi-su-a-li-sa-tion !!!

Je m'implique dans mon alimentation pré-course. Au menu: viandes maigres, fruits et légumes en quantités au début de la semaine, puis pâtes et riz à partir de mercredi. Et optimiser l'hydratation, les bonnes nuits de sommeil, les ondes positives autour de moi. Y'a des "post-it" d'encouragement de moi à moi cachés ici et là, des citations, même les pas de Zatopek en pleine course est glissé près de mon oreiller. En fait, je suis dans la phase: contrôler ce que je peux, et du reste, les imprévus de la semaine n'en seront que des défis supplémentaires.

Et ce calme, c'est beaucoup l'équilibre, le yin et le yang entre les hauts et les bas des derniers mois et des 600km parcourus depuis mars. C'est la somme des ampoules, des bonnets sur la tête, de la roche dans le soulier, des caprices cardiogéniques, des matins caniculaires, des "j'ai-pas-de-gardienne-ce-soir-schnout!", des séances de physiothérapie, d'acupuncture et d'une étrange rencontre avec un grand Doc, de ma mystérieuse blessure au pied gauche, à mes insupportables périostites (disparues comme elles sont venues), à mon orteil rebel que je rêve de m'arracher comme un mal de dent, des "ça-me-tente-pas-y-mouille", des piteux résultats de certaines sorties, des doutes dans le regard de membre du fan club des sceptiques. Bref, maintenant que tout suit son cours, je me sens d'attaque et invincible.

Car il y a aussi eu les "on t'lâche pas", la semelle de Rodrigue, les gardiennes de fortune, le sac de glace, les anti-inflammatoires, les dattes et les bananes, mon iPod et ma précieuse puce Nike, les sentiers de Vauvert, la brise rafraîchissante au détour d'une semaine hyperthermique, mes nouveaux cuissards et ma camisole hyper-respirante, ma bouteille à main, mes Autres, le plaisir de courir pas seulement pour m'entraîner mais pour me surpasser, les endorphines et le vide intérieur si précieux qui évite les massacres des enfants lorsque malcommodes ou la déprime dans les moments de fatigue ou de tristesse.

Oui, j'ai une peur prudente du parcours qui m'attends parce que je respecte énormément la notion d'effort et d'endurance qu'il exige. Mais ce n'est pas la peur de l'inconnu, du gros méchant, de la Bête monstrueuse! C'est l'humilité devant la grandiosité du moment.

Comme l'an dernier, sur le parcours du 10 km de Montréal, il me viendra des moments d'intense fatigue, de douleur. Mais U2 hurlera encore dans mes oreilles et j'entrerai dans le Stade par la grande porte!


La Plume... qui a hâte... tellement hâte!

20 août 2010

Tous les goûts sont dans la nature

Conversation existentielle numéro 2...

"Maman.. quand on va aller en Chine, est-ce que je pourrais m'apporter un sandwich?"

" Eeee... je ne sais pas si on a prévu se rendre en Chine bientôt, mais à mon avis c'est beaucoup trop loin pour traîner son lunch. Mais dis-moi, pourquoi voudrais-tu faire ça???"

" Ben, moi j'aime pas les nouilles chinoises..."

"Ah... je comprends. Mais tu sais, visiter un autre pays c'est beaucoup le plaisir de découvrir de nouvelles choses. Vivre comme eux, manger comme eux... et puis en Chine, ils ne cuisinent pas que des nouilles chinoises!"

"Hum.. ok d'abord. Mais on va emporter une bouteille de ketchup... "

Sourire, sourire, sourire...

La Plume... qui préfère de loin déguster ses egg rolls avec de la sauce cerises!

17 août 2010

Coup de coeur, coup de saveur!


La Cache à Épices: ça vous dit quelque chose?

Est-ce donc le surnom que l'on donne à la caverne d'Ali Baba, à un boui boui indien, à un mystérieux coffre oublié dans la cale d'un navire échoué ou plutôt celui d'un paquet poussiéreux transporté à dos de chameau?

Mais que non! C'est le nom d'une bière de chez nous, brassée et mise en bouteille que pour le plaisir de nos papilles! Et elles se sont excitées, j'vous dis pas, mes chères papilles... Elles se sont délectées. Pas qu'elles, mais aussi le nez qui a voulu tout sentir sans distraction et a ordonné à mes yeux de fermer boutique l'espace d'une gorgée.

De sa mousse et ses bulles mouillant ma langue, la Cache a dévoilé tous ses arômes mais conservée tous ses secrets. Parce qu'en néophyte que je suis, la dégustation ne m'est utile qu'à rechercher l'équilibre, souvent discutable, entre alcool, parfums et épices. Et d'unions, on en rencontre que trop souvent qui sont mal mariées, mais ici l'orgasmique nuit de noce laisse l'amateure que je suis confiante que l'avenir sera savoureux puisque savamment concocté.

Et promesse est faite que j'en jouirai encore moi-même, pour le meilleur, pas pour le pire!

La Plume...
...qui vivement pactisera pour ensuite vous vanter la Gros Mollet, la Boutefeu et la Vire-Capot!

http://www.microdulac.com

15 août 2010

Pourquoi courir - épisode VII

Ou...
... Le Précieux inconnu



(Texte du 14 août..)

Je n'y étais pas obligée. J'aurais pu vivre avec la sagesse du spécialiste qui dit qu'aux 2/3 on sera capable d'accomplir le dernier. Mais je voulais vivre dans mon corps et surtout dans ma tête la face cachée de ma Lune: le précieux dernier tiers de mon demi.

En me levant, ce matin, je ne savais pas trop quoi penser. Ou plutôt: je pensais bien trop! Vouloir tout prévoir et ne rien laisser au hasard, être ma propre docteure, entraîneure et nutritionniste. Toute la technicalité au rendez-vous sans rien demander au chrono: simplement une rage d'y arriver sur deux pieds, sans douleur ni stupide rechute de ma blessure de la belle Essentielle.

Je sais la route qu'il y aura à parcourir: je quitte à la station service X puis affronte 2 "petites" montées, longe la voie d'accotement d'une route semi-passante sur 12 km avant de pouvoir profiter d'un adoucissement au sol sur la piste de vélo en poussière de roche. Et il y aura plein soleil... plein, plein, plein. Du début à la fin. Et sans être chaleur caniculaire, on plombe tout de même sous un 23 degré humide ce matin. Et s'ajoute au tableau un vent de face assez impertinent par moment.

Mon réveil me chantonne "hop là" vers 7h30. J'ai calculé qu'il me fallait déjeuner au plus tard vers les 8h00 pour ne pas me sentir trop lourde au départ. Menu de la coureuse? Un bagel confiture, un yogourt sucré d'érable et une banane. Ouf! et moi qui n'arrive que rarement à ingérer ne serait-ce qu'une simple toast beurrée. Je mange. Le bagel me tombe dans l'estomac comme une tonne de brique. À revoir... Puis, vers les 9h00, j'enfile mes collants, mon "full-soutien-gorge" et ma camisole hyper-respirante. J'attends pour les souliers. Ah oui... les souliers! Fallait que je vous raconte...

Vous vous souvenez le fameux duel entre mes Vielles et mes Neuves (épisode IV). Je craignais, rappelez-vous, devoir porter mon choix sur une autre chaussure au retour de ma visite chez l'orthésiste? Eh bien... ce fut le cas.. une question de gros bon sens. Et pire que la polygamie de masse, il m'a fallut abandonner mes fidèles et ma rabattre sur une Autre. L'Autre qui me porte donc depuis la reprise officielle, moulée d'une semelle à la Rodrigue et qui m'a permis d'éviter l'aggravation ou le retour de mes blessures depuis. Et zébrée de rose sur fond gris, elle a fait sourire bien grand ma fille qui sait sa maman peu portée sur les excès de féminité. Enfin...

Bon... un dernier détail avant de glisser mes petons dans les Autres: Dr Scholl à la rescousse. Une toute petite ampoule en voie de guérison, mais qui me fait craindre l'abandon tout de même. Un coussinet et même deux pour éviter les tracas. Tout prévoir... ah! j'ai même refait ma liste de lecture musicale, hier soir, pour éliminer les rythmes déprimants.

Je continue donc de boire cette eau "gatorisée" pour maintenir mes réserves de sucre avant départ. J'ai ma bouteille à main bien pleine, 2 autres minis qui seront dissimulées sur le chemin, ainsi qu'une banane. Et mon gel énergétique dans la pochette dorsale de ma camisole. Ça y est: 9h20, on démarre le rituel qui consistera en me faire conduire jusqu'au point de départ, camoufler mes liquides et ma banane sur le chemin et vider ma compulsive vessie avant de m'élancer. Je suis nerveuse, nerveuse... il fait déjà si chaud dehors. Maman me souhaite bonne chance.

Déjà, dans les premiers kilomètres, je me sens lente et comprends que le déjeuner était mal adapté à mon lent estomac. Je tiens un rythme de 5'50, puis bientôt n'arrive plus à tenir sous les 6'30. Décidément, ne rien risquer et simplement avancer. J'aurais aimé un premier 11km dans l'heure, ce sera plutôt un 9,5. Et là, la baisse de régime. Le 7'20 qui s'installe. J'absorbe mon gel énergisant mais avec de l'eau sucrée ça n'a pas l'effet souhaité. C'est trop lourd, mal équilibré. Oui, oui: y'a le vent et la chaleur... des nuisances extérieures qui ne dépendent pas de moi. Mais il y a moi. Mes fameux kilomètres KO qui me pèsent, les 9-10-11-12-13 ièmes que je n'aime pas. Je tente de penser à une solution. Puis la banane en vue: au quatorzième. Presque miraculeuse, celle-là, qui me tombe immédiatement là où c'est essentiel: dans les jambes. Yes! Un regain. Un précieux regain. Maman qui, de sa voiture, m'attend vers le 16 ième pour confirmer si tout va ou pas. Je lève le pouce et souris... ça y est, je suis partie pour le dernier tiers!

Augmenter le rythme me semble maintenant possible: je reprends le contrôle des 6'30... puis terminerai les 3 derniers kilomètres en 6'05 de moyenne. Quelle joie!

J'ai souvenir d'avoir chantonné, peser sur la pédale à gaz, moins bu, surveillé les racines, cailloux et autres sources potentielles de danger pour les pieds, visualisé la montée du 17 au 18 ième qui sera mon lot à Montréal dans 3 semaines. Puis ouvert les bras bien grands en entendant mon iPod confirmer la Chose: le demi c'est réussi !!!


La Plume... qui ne lâchera pas, oh que non!

11 août 2010

L'art de la non-contemplation



Lorsque nos seules aspirations à la quiétude absolue semblent nous atteindre devant un bord de lac, il faut tenter de savourer d'autres décors d'âmes et de parfums.

Les miens, inépuisables destins, sont les musiques de rivières et l'odeur des ruisseaux. Ah! les coloris floraux et autres variations du cercle chromatique sont iridisant tout autant: les jaunes ne sont jamais aussi ensoleillés, les rouges sanguins et les verts océaniques. Certes, la douceur de la nature m'intéresse mais pas autant que les orgies d'ambiance provoquées par les contrastes entre le visible et l'invisible.

Cette capacité à m'imprégner de la quiétude dans la simplicité est une contrariété parce qu'elle m'empêche d'autant de saisir le moment. Je préfère l'indécence, l'indolence, l'excès d'odeur, de passion, d'intention. En vieillissant je réalise ce fragile état dans mon corps: pour contempler, il me faut d'abord me sentir provoquée.

Prenez le plus chaud des après-midi d'été où peu suer la peau. Cet impertinent devient obstacle au plaisir d'habiter la plage. Et dans la luminosité aveuglante de l'hiver qui scintille sur la neige on supplie l'âtre du foyer pour y réchauffer ses orteils gelés. C'est alors dans ses extrême que la nature permet la contemplation de ses indéfinissables charmes.

Que tirer donc d'un doux après-midi d'août, 20 degrés C au bord de mer, vent tiède et teinté d'un délicat voile nuageux sans ambition? Et bien... tout! Sans effort, sans crainte et sans agitation!


La Plume

3 août 2010

Pourquoi courir - épisode VI

Ou...
Quand le dernier tiers demeure mystère...

On a beau dire, et je l'ai déjà compris il y a un bon bout de temps déjà, courir ce n'est pas que dans les pieds: c'est énormément dans la tête. Ainsi, d'avoir enfin pu courir presque confortablement un 16km à ma dernière sortie me bombe le torse de la confiance. Mais holà: ne pas vendre le demi avant de l'avoir piétinée.... sagement, patiemment... prudemment.

Si j'ajoute "prudemment" à ma réflexion c'est qu'il y a tout de même un coin de mon cerveau qui, depuis ma blessure de juin, m'impose le plus grand respect pour l'acte même qu'est courir. Dans toute sa violence, sa lourdeur et les courbatures qu'elle inflige, la course à pied est un sport noble. En effet, il ne peut pas prétendre que la mécanique ne roule pas parce que le graissage des chaînes est défaillant, il peut seulement accueillir chacun de ses pas comme une grâce qui permet d'aller encore quelques centimètres plus loin. Et pas à pas... enfin, on va droit devant!

J'ai flotté bien haut l'autre jour au retour de ma longue course. Ma plus longue jusqu'à ce jour dans ma petite vie. Je me rappelle ce remerciement fait à mon corps de m'être fidèle et cette fiesta dans ma tête à comprendre que ce 2/3 c'était la certitude du 1/3 à venir. Puis au lendemain d'une nuit courbaturée, je retombe un peu sur terre et suis de retour à la case "incertitude". Celle qui exige encore la délicatesse de demander humblement à mon corps de m'accompagner demain, et le surlendemain, et pour les quelques semaines restantes.

Au départ de ma course, hier matin, oui dans ma tête il y avait la fierté du 16 accomplit, mais la nervosité "grosse-de-même" de devoir encore prendre un départ avec des petits malaises. J'ai parcouru 8km. Mon corps à fait le travail. Mais je décortiquais chacun de mes gestes et de mes inconforts pour les apprivoiser et les mesurer. Je savais l'Essentielle de retour à 100%. Mais les avant-jambes à 80... la hanche droite à 90... Au retour un humble merci... un étirement efficace, une douche rafraîchissante, une massage puis de la glace. Et demain je prévois 5 km de re-mesure. Et il en sera ainsi pendant encore 30 jours, une douzaine de course, en somme. Piétiner, mesurer, reposer.

Je sais maintenant que je ne sais pas. Je sais ce qui est derrière, ce que je veux pour demain, mais ne prends pas pour acquis ce que je peux. On fera ça en équipe. Et pas l'un sans l'autre. Pas l'un contre l'autre. Le corps et la tête devront communiquer pour ne pas dire communier. Et de tous les apprentissages de mon entraînement de l'été il en est un plus précieux que tout: même les sportifs doivent être bourrés de gratitude tout du long.

La Plume...

21 juillet 2010

Pourquoi courir - épisode V

ou...
La rencontre du quatrième type!


Mardi soir. 19h. Je papote nerveusement dans la salle d'attente du grand Doc. Je suis nouvelle ici, n'y connais personne. Il ne m'a jamais rencontré. Mais comme c'est sa spécialité, les blessures sportives, je me sais à la bonne adresse.

Excès d'audace, de témérité? Ouais... très certainement. Mais je ne m'accuse, Maître, que d'avoir été référée ici par l'ami d'un ami qui connaît l'ami... blablabla. N'empêche, j'ai un mauvais pressentiment, des noeuds dans l'estomac, la migraine qui s'installe.

Je passe en revue les évènements des dernières semaines et note les points importants chronologiquement pour éviter le cafouillage et n'abuser que du minimum de son précieux temps ou plutôt, pour optimiser la consultation. Un docteur ça travaille vite, ça passe au suivant vite-vite, ça fait chik-chik vite-vite-vite! J'ai tout avec moi: mes fiches d'entraînement, mon carnet personnel de course, mes Vieilles et mes Jeunes (voir texte précédent)... et l'espoir d'en retirer les meilleurs conseils!

"Allô!"

"Allô..."

"Je suis nouvelle ici, on ne se connaît pas."

"Ah bon? mais comment ça..."

"Ben, l'ami, d'un ami... blablabla... m'a obtenu un rendez-vous sous sa recommandation."

Malaise. Points d'interrogation dans les yeux. Incertitude. Ambiance à couper au couteau... je quitte où il me jette à la porte??? Je cafouille. Ré-explique les contacts qui m'ont permis d'être ici aujourd'hui. Immense malaise... presque fusils dans les yeux... mouches qui volent... duel en cours: mais qui tirera la gâchette le premier? Mauvais western spaghetti... piteux acteurs... conditions de tournage médiocres sur pellicule tout aussi minable. On se regarde donc en se demandant franchement ce que l'autre fait devant soi. J'ouvre la bouche la première:

"Vous savez, je ne veux pas m'imposer ici. S'il y a vice de procédure, je peux quitter. Si vous ne pouvez pas m'aider, je ferai autrement. On m'a assuré que vous étiez le meilleur et j'ai au minimum besoin d'un bon. Alors soit je quitte et trouve un bon, soit j'abuse de la générosité du meilleur qui est devant moi!"

Ça y est, la tension baisse, le Doc quitte son costume de précieux-important-spécialiste et se vêt de celui du valeureux-excellent-incomparable-spécialiste qui a jadis prêté serment et trouve plaisir à démontrer toute la grandiosité de son talent.

"Expliquez-moi donc ce que vous faites ici..."

"Ben, j'ai une blessure sportive et on me dit que vous êtes LE doc. Alors me voici."

"Vous faites quelle discipline?"

"Course à pied"

"Oh! un sport violent... et quel âge avez-vous?"

"37 ans"

"37? Moi je soigne usuellement des jeunes athlètes dans la vingtaine..."

"Eee... mais moi j'en ai 37!"

"Bon, et depuis quand vous entraînez-vous..."

"2 ans... pour le plaisir. Jamais plus sérieusement avant."

"Et vous avez compétitionné?"

"Non... enfin oui, une fois... au 10 km l'an dernier."

"Votre temps?"

"54min"

"C'est bon... Et vous souhaitez courir quoi cette saison-ci?"

"Le demi. À Montréal. Dans 6 semaines..."

"Et pourquoi la course à pied?"

Pause. Vite: chercher une raison intelligente, valable, spirituelle, philosophique.

"Parce que je voulais me remettre en forme, simplement"

Tellement de parce que qu'il m'est impossible ici de tous les nommer... et au risque d'entrer dans ma plus profonde intimité je garde les philosophiques raisons dans ma tête.

"Vous avec un enfant?"

"J'en ai trois."

Surprise dans le regard... sourire sur les lèvres. Coudonc? Ça fait-y une différence???

"Et vous vous êtes blessée comment?"

Ne surtout pas vous énumérer ici tout ce qui a été dit dans les épisodes précédents. Mais je lui résume le tout en exposant un excès de confiance et d'orgueil mal placé. Il me sermonne. Je ne m'attendais à rien de moi de la part d'un grand Doc du sport. J'acquiesce humblement, affiche toute mes regrets... admet mes torts et explique ma démarche actuelle et mes espoirs à reprendre la course.

Le reste de l'entrevue se déroule presque comme sur des roulettes. Il examine mes pieds. Y trouve une malformation bien rare mais pouvant expliquer mes déboires... Il triture mes chaussures, vieilles comme neuves et me demande de marcher, de courir, de m'arrêter puis me retourner. Lève le pied droit, puis le gauche. Talon à tatillon, mollet à moulinet... il examine dans les moindres détails.

Moi? J'admire. J'admire celui qui a ça dans le sang. Qui voit, qui comprend qui analyse et semble s'amuser, même. Je remercie intérieurement la tournure de la consultation car en le voyant si attentif à ma cause, si peu "athlète professionnelle" quelle soit, je sais qu'il est redescendu sur Terre pour accueillir l'humilité que je suis et je ne vois plus devant mes yeux l'étrange envahisseur d'un univers parallèle qui ausculte avec dédain et méprise le corps inconnu. Nos mondes se sont retrouvés par la noblesse du sport et la compétition a fait une trêve.

Puis il m'expose ma problématique de course en me rassurant: je ne suis pas un cas désespéré. Ouf! Et encore mieux: il affirme que je peux raisonnablement croire en mes chances de courir le demi dans 6 semaines.

Vous imaginez mon sourire? Mon rire? La planète jogging de retour dans ma vie avec bénédiction du grand Doc??? Je flotte sur mon nuage, accepte avec une infinie gratitude les suggestions et les encouragements. Je me sens flotter et de retour sur la piste des mères-de-famille-monoparentales-joggeuse-pas-que-du-dimanche (de 37 ans!)

La peur de me faire imposer un repos encore plus long fait place au bonheur.

Pourtant, malgré les étoiles dans les yeux, le stress des dernières semaines tombe et me coulent les larmes sur les joues. Je roule lentement jusqu'à ma maison et revois dans ma tête toute la stupidité de la mauvaise décision de courir ce 23 juin dernier sans égards à la douleur de l'Essentielle. Mais j'apprends que le corps parle souvent bien plus qu'on ne veut réellement l'entendre, et en faisant la sourde oreille on trébuche. Le danger n'est pas que sur la piste: il est dans la tête!

Quelle leçon dois-je en tirer si ce n'est que celle de croire en soi et de remercier pour toutes ces grâces les muscles, le coeur, les poumons, les humeurs et la ténacité qui permet à nos rêves de suivre leur voie. Avec respect. Sagesse. Patience... une vertu que j'apprivoise tranquillement.

Mais attention ici: je ne vendrai pas la peau du stade avant de l'avoir piétiné, ce fameux demi! Et on s'en reparlera, croyez-moi!

La Plume...

... qui remercie le quatrième type de m'avoir traité, au final, comme une athlète de 20 ans! Et un immense merci à un très "spacial" ami (qui connait l'ami de l'ami) et qui m'a obtenu cet innespéré rendez-vous!





20 juillet 2010

Pourquoi courir - épisode IV

Ou...
La chaussure contre-attaque !

(Texte du 19 juillet)

Ce matin, une deuxième course post-convalescence au menu. Celle-là pour tester le pied, mais bien plus: pour tester la chaussure.

C'est en déposant ma tête sur l'oreiller, avant-hier soir, que j'ai eu un doute: si le soulier avait à y faire? Je sais mon pied en voie de guérison, mais sur le talon encore oedematié demeure une tension qu'il faudrait à tout prix éviter d'aggraver avec un chaussure mal ajustée.

Je chausse donc, pour cette deuxième expérience, la vieille chaussure. Celle qui m'a fidèlement conduite à Montréal l'an dernier. Usée, ridée, mais toujours aussi heureuse de pointer le bout du museau dehors. Elle s'est donc laissée enfiler comme le soulier de verre sur le peton de Cendrillon... le plaisir des grandes retrouvailles!

Au menu, une boucle de 2km... peut-être 3. Sagement, patiemment. Un départ nettement moins nerveux et plus confortable qu'à la première sortie. Enfin, je ressentais ce retour à la confiance, à l'attitude de la coureuse qui sait le quand, le comment, le pourquoi. Un seul hic: le podomètre s'affole! Après 700m il m'annonce fièrement le kilomètre, puis me congratule de mon tempo record de 3'30 au kilomètre... Mais c'est pas du tout moi, ça???

J'arrive donc à la maison sachant mon podomètre fiévreux ou carrément bipolaire! Comme le pied va bien, qu'il a adoré le confort connu de la veille galoche, je planifie donc une autre petite sortie pour tester l'étalonnage de mon gadget Nike Sport.

11h00. Je quitte en voiture pour me rendre à la piste d'athlétisme du quartier: ici on ne pourra pas confondre la coureuse et le podomètre s'adaptera à la réalité du parcours. Je commence en courant avec la nouvelle, la petite jeune. Celle-là qui a déjà parcouru 400 kilomètres sans accrocs. Je ne doute pas de son honnêteté mais comme mon pied enflé est enserré plus nerveusement au talon par cette dernière, elle devra peut-être attendre sagement le temps que l'inconfort disparaisse complètement. Surtout, ne pas la rejeter avec mépris, mais adapter mon besoin actuel.

Alors j'étalonne. Un kilomètre avec la jeune, un autre avec la vieille... maintenant elles pourront me suivre au gré de ma réadaptation. À moins qu'une troisième s'installe et que le triangle me flanche mes premiers amours? En espérant ne provoquer aucune jalousie, je polygamerai!


La Plume.... après 4500 m de belles foulées!

19 juillet 2010

Pourquoi courir - épisode III

Ou...
L'humilité de l'intermédiaire de retour en case départ...

(Texte du samedi 17 juillet)

Déjà 24 dodos sans courir. Pénible, difficile. Enrageant. On l'a déjà dit, ça. Et de l'épisode II on ne reprendra pas le propos. Ici, l'intérêt c'est la réappropriation d'une aptitude déjà connue encouragée d'une patience nouvelle et stimulante: le retour à la course.

Bien. Ce matin expérience numéro un: seulement 2 km. Pas plus, peut-être moins. Comprendre la fragilité de l'ensemble et attaquer pas à pas. Être attentive au moindre inconfort. Éviter les faux pas. Ne pas pousser... avancer. Un pied devant l'autre. Déjà de chausser le soulier fut une épreuve heureuse. Parce qu'avec la chose au pied, on se sent reprendre du service, comme le chien qui voit son maître prendre la laisse et qui sait qu'il ira marcher! Ce qu'on redoute, par contre, c'est la douleur, la cassure dans le rythme, la méfiance amenant l'instabilité, qui engendrerait du coup encore plus de douleur... et l'abandon. Et re-découragement.

Et la course fut heureuse. Pas parfaite mais rassurante. Il y a décidément encore un petit gaucher qui a du coeur au ventre...

Pour le convaincre, j'ai usé de tous mes charmes. La veille, au sortir d'un bon bain chaud, j'ai massé le mollet, écorné le talon et la plante, enduit de crème aux parfums aguichant les orteils, puis excité tout le pied en encourageant par la seule force de la télépathie les neurones concernés. Et le pied a eu droit à une nuit reposante dans l'espoir de le voir frais et dispos au réveil.

Restait encore le doute. La peur de l'excès de témérité pouvant mener au coup fatal. Dans le coin droit se tenait le coureur invisible tenu en laisse depuis 3 semaines et qui suppliait de tomber ses chaînes, et dans le coin gauche le pauvre convalescent encore tout juste sortie du lit et nouvellement dégarni de ses médicinales aiguilles. Comme dans un ring, mais sans les cordages, les deux adversaires devraient se faire confiance mutuelle pour travailler de concert et non pas chercher à mettre l'autre KO.

Bon Dieu que les premières foulées furent intenses! Et émouvantes!

Primo... outre les pieds, le coeur devait reprendre du service et ré-apprivoiser la cadence.

Deuzio... les yeux se tenaient à l'affût de tout défaut, caillou, nid de poule pouvant faire tanguer l'équipage.

Tercio... le cerveau devait se faire entraîneur et physio à la fois pour hurler l'arrêt de la manoeuvre au moindre pépin sans se laisser influencer par la tête de mule cohabitant dans l'assemblage.

11 minutes 43 secondes de bonheur...

Je sais, y'a eu les 92, les 100... mais la valeur de ce 11'43 n'avait point de comparable...
Au plaisir d'encore courir!

La Plume... sagement, patiemment ;)

Pourquoi courir - épisode II

Ou...
Le mystère de l'impatience


(Texte du 9 juillet)

Je rumine depuis 16 jours maintenant. Et c'est seulement depuis 2 jours que je comprends mieux ma colère et ma déception. Celle qui me gruge ma bonne humeur et m'empêche de dormir, celle qui m'aveugle et ne me permet pas d'espérer au détour un prompt rétablissement par la patience.

Je n'ai JAMAIS été bien patiente: c'est un fait. Et lorsque je dois lâcher prise et m'abandonner à la sage attitude de LA fille patiente, je rage!

Je vivais ma course, cette année, comme une action concrète et organisée, usant intelligemment de mon corps pour produite ces efforts encouragés par les gains précieux en mètres menant aux kilomètres. Un pied devant l'autre, comme on apprend à marcher, puis à avancer. Je savais que l'objectif était noble et même salvateur. Parce que pour moi, courir, c'est être en vie.

Ce retour à la course il y a 3 ans m'a permis de renouer avec mes forces et laisser derrière le trop plein de malheurs. Je reprenais ainsi ma place dans ma peau et mon corps pour me rappeler que cette enveloppe n'était pas qu'un amas de chair malmenée, mais un coeur, des poumons, des muscles et puis des humeurs, de la détermination, de la ténacité, du bonheur.

C'est indescriptible et parfois presque indécent, toutes les sensations physiques et psychiques, tout ce que la seule action de déposer un pied au sol, puis répétant inlassablement la séquence, peut engendrer dans un seul petit corps. C'est gracieux et souffrant à la fois. C'est beaucoup savoir laisser la fatigue derrière pour affronter celle qui s'en vient. Et le plaisir c'est de retrouver l'ensemble intact à la fin d'une course, coeur et poumons et muscles, et tout le reste amplifié, noyé d'endorphines: les humeurs, la détermination, la ténacité et le bonheur.

Et puis une mercredi, sans avertir, une course douloureuse. Pour le pied mais surtout pour l'orgueil: un pied essoufflé, un espoir disloqué... l'abandon d'un entraînant l'autre.

Au début, je n'ai pas voulu y croire. Je n'ai pas compris et me suis réfugiée dans le "demain ça va aller mieux". Mais rien. Un jour, deux jours... trois... maintenant 16. Marcher, seulement, est un supplice. Et en pleine phase d'incompréhension, la chute brutale d'adrénaline comme la montagne russe en aval de la grande montée, qui laisse dans son sillage la tristesse et la sensation de manque. Même les endorphines n'arrivent plus à tenir l'espoir. Le vide.

Un petit pied gauche, au destin et à l'allure jusqu'alors si noble, m'avait abandonné. Mais pourquoi? Ne t'avais-je pas bichonné les tendons, encouragé ton Achille, caressé ta plante et soigné finement tes muscles du plus petit vers la cuisse? N'ai-je pas étiré courageusement ton sciatique pour le remercier de son dur labeur? Qu'y a-t-il eu, petit gaucher, pour te voir perdre ta cadence et ralentir mes ardeurs?

Autour, pendant la pause, s'acharne des messagers de mon déshonneurs avec leurs phrases assassines:

"Tu pensais vraiment arriver à courir le demi?"

"Tu sais, avec cette chaleur, il n'était pas sage de courir et ton pied a peut-être tenté de te réveiller ta raison!"

" Oh, mais tout le monde aime courir une fois de temps en temps. Pas besoin de courir autant"

" Mais ma chère, il n'arrive rien pour rien, dans la vie!"

Ici, au risque de m'entêter. de persister, puis-je préciser que cela était plus qu'un divertissement, que la saveur du moment! Plus qu'une petite course pour me pavaner avec mes nouveaux vêtements! Plus qu'un désengagement au premier tracas! Plus qu'une remise au lendemain en cas de rhume, de chaleur ou de SPM! C'était MA course. Ambitieuse, certes, mais sage et inspirante.

De tous mes échecs ou détours d'adversité des dernières années, comprennez-le bien chers détracteurs, celui-là blesse bien bas parce que l'objectif n'était fait que de bien pour moi, à moi. Il ne dépendait de personne d'autre que de mon égoïste MOI et cela, parce que ce pied, et bien, il habite au bout de ma jambe, qui s'attache dignement au tronc de ma carcasse, et s'enjolive de peau, de muscles, d'un coeur, de poumons, d'humeurs et de passion.

Ce sera certainement pour me rassurer de toute la passion engagée que malgré le mur dressé aujourd'hui devant mon rêve je serai partante en septembre d'une course, sous quelque forme que ce soit. Et je les parcourerai ces 21 kilomètres en martelant l'asphalte pas après pas, sur mes pieds ou dans ma tête. Mais j'y serai. Croyez-moi!!!

La Plume... un pied sans l'autre !

Pourquoi courir - épisode I

Ou...
La motivation d'un début de saison

(Texte d'avril 2010)

La plus jolie réponse à cette formidable question, je l'ai entre lu en quelque part, écrite par un athlète et entraîneur: " Parce que tout n'est pas facile dans la vie et qu'il faut tout de même avancer..." Bon, à quelques souvenirs près, c'est ce qui était dit.

Se battre, affronter, vaincre... ou abandonner ?!

Mes jambes, ce matin, me tiennent de peine. Ma carcasse me traîne. Pourquoi? Parce que je me sens lourde et surmenée, parce que je n'ai pas très envie d'aller me taper une journée d'enseignement, parce que j'ai un peu de retard dans mes dossiers, parce que mon travail de session universitaire est compliqué. Parce que... parce que... parce que tout!

Mais à 15 h, comme j'en ai l'habitude depuis quelque temps, j'enfilerai mes collants, ma tuque de laine et coincerai mon iPod sur mes oreilles.

Mais il vente terriblement fort, dehors. Et je crains une pluie glaciale.

Mais je ferai de mon mieux.

Mais je n'ai pas réellement envie de courir aujourd'hui.

Mais se concentrer et suivre ce que me dicte mon carnet d'entraînement. Objectif du jour 30 minutes tempo R1.

Mais oui... j'irai piétiner l'asphalte et la garnotte sans trop savoir si la course sera réjouissante ou carrément décevante.

Mais est-il des courses complètement décevantes et non-satisfaisantes? Un vrai coureur ne se pose pas la question. Car pour oser affronter le dehors il faut d'abord affronter son corps et ses muscles, marteler le sol et s'arracher parfois les poumons. Il faut beaucoup de détermination, une bonne dose de témérité et un objectif de coeur bien plus grand qu'un objectif de temps ou de distance.

Les parcours solitaires du coureur fait qu'au final il se bat beaucoup plus contre lui-même que contre les éléments. Pas d'équipe derrière, pas de coach qui cri: " Go, on lâche pas! On est presqu'arrivé... encore un pt'tit peu... t'es capable!" Le coureur est sa propre équipe, son propre entraîneur, sa meneuse de claques, sa foule hurlante, son masseur à l'arrivée. Il est son départ, son tempo, ses sprints, son fil d'arrivée.

Alors peu importe la pluie et le vent qui ne sont des prétextes camouflant les réelles démotivations. L'état psychologique est immensément plus impliqué qu'une petite roche dans le soulier! Et oui, l'état d'hostilité intérieur étant bien plus effrayant que celui de mère nature, j'vous jure!

Alors vite que je me chausse: une autre petite course m'attend !

La Plume... un pied devant l'autre :)

7 juillet 2010

Cerv-eau lent!


Quand je lis, j'organise mon propos comme pour répondre à l'auteur, ou encore mieux, pour discourir de thèmes qui m'absorbent. Je réponds, j'argumente, je m'instruis de choses qui autrement resteraient mystères.

Pourtant, en abandonnant mon livre et en me recueillant devant le paysage, je demeure actuellement muette, incapable du moindre raisonnement ou, pire, je me sens ignorante devant l'écho du grand large qu'est la vie.

Je vis, pourtant. Je vis MA vie. Mais contrairement à celles relatées dans les oeuvres des autres, je suis parfois moins généreuse de discours. Mon imagination implose et mes neurones se coincent. Pourtant elles sont là, en quelque part, attendant que la connexion me permette l'éveil nouveau.

Prenez ma soirée calme. Celle qui ne soupçonne pas la grandeur de ce qui trône devant mes yeux. Le temps arrêté, le calme de l'eau ne m'inspire aucun sujet particulier. Et là, je laisse aller ma tête et l'emplie d'images. L'absence de mouvement devrait me tenir en suspension, pourtant elle arrive à activer quelques paysages dans ma mémoire qui décide, ici, d'écrire, et hier d'écrire, et de demain, j'espère, d'écrire encore et encore...

Voici donc ce que m'inspire le calme de la soirée d'été, la soirée la plus chaude, où colle encore un 30,1 degré C.

La sagesse du calme du lac.

Je vois le lac comme un acteur du vieil adage "la tempête après le calme" (oui, oui, je sais que c'est l'inverse, mais mon propos a besoin de celui-ci).

L'esprit embrouillé ou éveillé par le bon vin, je vibre de l'agitation offerte par le calme de l'eau et des émotions enfouies dans mon corps et ma tête. Je sais le temps serein... et sais qu'il faut savoir accueillir les tourments. Le temps d'hier n'est pas toujours garant de demain. Et cela, en soi, m'inspire.
Au grand calme d'aujourd'hui, arriveront les mouvements de demain.
Peut-être d'immenses vagues coloreront la noblesse des perturbations et le sable ainsi balayé usera la plage et les grains qui n'insisteront pas. Le vent, lui, arrachera quelques feuilles aux grands érables de l'arrière cour qui protègent mon humble terrasse. L'arbre, ainsi attaqué se résignera à prévoir de nouveaux bourgeons sans plaintes. Les moucherons, eux, cloués par la pluie sur le tarmac en profiteront pour explorer nos intérieurs. Même le soleil, jeune étoile au destin flamboyant, acceptera de se loger temporairement par-delà les outrages nuageux.
Et le calme se tient, tête haute, devant mes yeux. Le lac soupire, le sable expire, le vent attend...

Voyez-vous, je m'incline pour l'instant de n'avoir rien de mieux à dire, rien à écrire. Reste que je me permettrai une autre rasade de rouge... juste au cas!
La Plume

20 juin 2010

1 1/2 ... pas à louer !


Il est actuellement 21h57. Je viens tout juste d'intégrer mes appartements.

À première vue? Et bien, un immense 1 pièce de 1 mètre sur 2 avec vestibule (faisant ici office de 1/2). Portes et fenêtres laissant filtrer la lumière et le vent du large, selon. Commodités? Hum... quatre pochettes latérales pouvant accueillir (et accueillant actuellement) un paquet de mouchoirs en papier - une bouteille d'eau et des fruits séchés - une trousse de produits de beauté et un livre. Au toit (cathédrale d'un bon mètre!) un vide poche très utile pour y insérer un luminaire tamisé (me permettant d'écrire en ce moment ces quelques lignes).

Le mobilier est modeste mais charmant: une simple chaise style art-camping avec dossier rabattable et fessier non ajustable. Faut faire avec. Ah! un avantage: il peut se convertir en oreiller (zéro ergonomie) lorsque le précieux petit en plumes d'oie douillet a été oublié à la résidence principale. Argh....

Pour la chambre, un matelas rustique à l'extrême... plus près du sapinage d'antan que du matelas à ressorts ensachés. Il a l'avantage de permettre à l'invité de redécouvrir toutes les subtilités des articulations de ses vertèbres et la souplesse des longs muscles partant du fessier jusqu'à la cheville. Un conseil? Éviter de se repositionner trop brusquement pendant la nuit car à coup sûr une grimace agrémentera votre visage et vous laisserez probablement s'échapper de cette dite grimace une prière à un saint de votre choix...

La cuisinette extérieure abrite un nid de guêpes (oups) exigeant une infinie délicatesse lorsque vous cuisinez vos petits plats. La plaque de cuisson, ultra-peu-moderne permet d'utiliser une seule casserole à la fois sur un réchaud au gaz d'avion qui ne fonctionne que selon deux réglages de températures: intense ou éteint. Prévoir donc de bon récurrent pour les oeufs collés au fond de la poêle... Réfrigérateur? Qué cé ça? Suggestion: congeler préalablement tout ce qui peut l'être et autrement prévoir banquet non périssable.

L'âtre est actuellement hors service en raison de l'indice extrême de feux de forêt alors les seuls loisirs lumineux de la soirée seront: spectacle de lucioles en pleine parade amoureuse (charmant) ou ciel étoilé (sauf si nuages il y a... et il y en a!) .

Salle d'eau en deux temps. Premièrement, les latrines écolo laissant expirer des parfums stimulants. Ici donc, nul besoin de laxatif ou de fibres pour se parfaire le colon: l'odeur appel l'urgence! Et pour la partie "eau", un seul et unique bain-douche disponible, droit devant: lac d'eau douce sur fond sablonneux (moins glissant que de la céramique, ma foi!) mais sans réglage possible de la température du fluide. Prévoir un maillot (à moins que la lueur du jour ne présente aucun désagrément pour vos instincts d'exhibitionniste), et surtout, autre sage conseil, un savon avec cordon. Il est aussi possible de le cacher dans la culotte de votre maillot, cela étant mon propre truc maison, mais prenez gare de le laisser glisser... le fond du bain avale tout! Et si vous voulez mon avis, au-delà du caractère hygiénique de l'acte, vous sentirez une entière satisfaction à retrouver ensuite votre sac de couchage, odeur de campeur en moins (pour reprendre tout aussi rapidement ladite odeur de camping... VOUS êtes en camping!)

Électricité? En option.

Le panorama ici est un incontournable. Sur la galerie arrière on peut se laisser instruire par une allée de conifères gommant (attention donc lorsque vous y installerez votre bâche... ich!) mais le prix du "plusse-beau-coup-d'oeil" revient à la terrasse avant. Échouant ses lames caressantes sur un sol aux grains marbrés de noir-ébène et de caramel-fondant, une mer aux beautés impérissables qui offre, moyennant connivence avec les vents, musique envoûtantes ou absolu silence. Un silence parfois si bruyant qu'il nous rappelle toute l'importance de ne rien faire du tout!

Considérant tous les considérants de la chose, pourquoi est-il plaisir à habiter un tel environnement, curieux mélange d'hostilité, de minimalisme et de grand espace? Et bien, il en est un plaisir, pur et dure, un seul, viscéral et instinctif à la fois: celui du retour au vide, à la lenteur, à la survie dans l'absence d'artifice ou de luxe auto gonflable.

Ici, on se réjouit de laver sa casserole avec le sable et l'eau de mer, on remercie la vie de pouvoir admirer un petit matin café à la main, et ce, en réussissant à oublier l'urgence de faire quoi que ce soit d'autre. Je crois que l'absence de confort permet l'absence d'illusions et impose plus justement ses certitudes dont celle de l'importance de vivre le moment présent et de s'abandonner au temps librement.

Trop souvent, le brouhaha du quotidien, des impondérables du boulot ou du paiement des factures nous suffoquent nos vraies besoins et nous martèlent en tête le mot "obligation". Je remercie alors le camping de me permettre de m'inspirer de mes instinctives vibrations plutôt que de mes obligations. Mais moi, honnêtement, malgré toute cette belle philosophie du vivre et laisser vivre, ne rien prévoir, se laisser aller? Où en suis-je réellement? Hum, et bien jamais sans mon cache-cerne, mon iPod et ma cafetière à piston! Et bon Dieu que j'ai hâte de retrouver les grâces de mon lit queen :)



La Plume...
qui a respiré goulûment chaque minute de ce premier vélo-camping de l'été!