21 juillet 2010

Pourquoi courir - épisode V

ou...
La rencontre du quatrième type!


Mardi soir. 19h. Je papote nerveusement dans la salle d'attente du grand Doc. Je suis nouvelle ici, n'y connais personne. Il ne m'a jamais rencontré. Mais comme c'est sa spécialité, les blessures sportives, je me sais à la bonne adresse.

Excès d'audace, de témérité? Ouais... très certainement. Mais je ne m'accuse, Maître, que d'avoir été référée ici par l'ami d'un ami qui connaît l'ami... blablabla. N'empêche, j'ai un mauvais pressentiment, des noeuds dans l'estomac, la migraine qui s'installe.

Je passe en revue les évènements des dernières semaines et note les points importants chronologiquement pour éviter le cafouillage et n'abuser que du minimum de son précieux temps ou plutôt, pour optimiser la consultation. Un docteur ça travaille vite, ça passe au suivant vite-vite, ça fait chik-chik vite-vite-vite! J'ai tout avec moi: mes fiches d'entraînement, mon carnet personnel de course, mes Vieilles et mes Jeunes (voir texte précédent)... et l'espoir d'en retirer les meilleurs conseils!

"Allô!"

"Allô..."

"Je suis nouvelle ici, on ne se connaît pas."

"Ah bon? mais comment ça..."

"Ben, l'ami, d'un ami... blablabla... m'a obtenu un rendez-vous sous sa recommandation."

Malaise. Points d'interrogation dans les yeux. Incertitude. Ambiance à couper au couteau... je quitte où il me jette à la porte??? Je cafouille. Ré-explique les contacts qui m'ont permis d'être ici aujourd'hui. Immense malaise... presque fusils dans les yeux... mouches qui volent... duel en cours: mais qui tirera la gâchette le premier? Mauvais western spaghetti... piteux acteurs... conditions de tournage médiocres sur pellicule tout aussi minable. On se regarde donc en se demandant franchement ce que l'autre fait devant soi. J'ouvre la bouche la première:

"Vous savez, je ne veux pas m'imposer ici. S'il y a vice de procédure, je peux quitter. Si vous ne pouvez pas m'aider, je ferai autrement. On m'a assuré que vous étiez le meilleur et j'ai au minimum besoin d'un bon. Alors soit je quitte et trouve un bon, soit j'abuse de la générosité du meilleur qui est devant moi!"

Ça y est, la tension baisse, le Doc quitte son costume de précieux-important-spécialiste et se vêt de celui du valeureux-excellent-incomparable-spécialiste qui a jadis prêté serment et trouve plaisir à démontrer toute la grandiosité de son talent.

"Expliquez-moi donc ce que vous faites ici..."

"Ben, j'ai une blessure sportive et on me dit que vous êtes LE doc. Alors me voici."

"Vous faites quelle discipline?"

"Course à pied"

"Oh! un sport violent... et quel âge avez-vous?"

"37 ans"

"37? Moi je soigne usuellement des jeunes athlètes dans la vingtaine..."

"Eee... mais moi j'en ai 37!"

"Bon, et depuis quand vous entraînez-vous..."

"2 ans... pour le plaisir. Jamais plus sérieusement avant."

"Et vous avez compétitionné?"

"Non... enfin oui, une fois... au 10 km l'an dernier."

"Votre temps?"

"54min"

"C'est bon... Et vous souhaitez courir quoi cette saison-ci?"

"Le demi. À Montréal. Dans 6 semaines..."

"Et pourquoi la course à pied?"

Pause. Vite: chercher une raison intelligente, valable, spirituelle, philosophique.

"Parce que je voulais me remettre en forme, simplement"

Tellement de parce que qu'il m'est impossible ici de tous les nommer... et au risque d'entrer dans ma plus profonde intimité je garde les philosophiques raisons dans ma tête.

"Vous avec un enfant?"

"J'en ai trois."

Surprise dans le regard... sourire sur les lèvres. Coudonc? Ça fait-y une différence???

"Et vous vous êtes blessée comment?"

Ne surtout pas vous énumérer ici tout ce qui a été dit dans les épisodes précédents. Mais je lui résume le tout en exposant un excès de confiance et d'orgueil mal placé. Il me sermonne. Je ne m'attendais à rien de moi de la part d'un grand Doc du sport. J'acquiesce humblement, affiche toute mes regrets... admet mes torts et explique ma démarche actuelle et mes espoirs à reprendre la course.

Le reste de l'entrevue se déroule presque comme sur des roulettes. Il examine mes pieds. Y trouve une malformation bien rare mais pouvant expliquer mes déboires... Il triture mes chaussures, vieilles comme neuves et me demande de marcher, de courir, de m'arrêter puis me retourner. Lève le pied droit, puis le gauche. Talon à tatillon, mollet à moulinet... il examine dans les moindres détails.

Moi? J'admire. J'admire celui qui a ça dans le sang. Qui voit, qui comprend qui analyse et semble s'amuser, même. Je remercie intérieurement la tournure de la consultation car en le voyant si attentif à ma cause, si peu "athlète professionnelle" quelle soit, je sais qu'il est redescendu sur Terre pour accueillir l'humilité que je suis et je ne vois plus devant mes yeux l'étrange envahisseur d'un univers parallèle qui ausculte avec dédain et méprise le corps inconnu. Nos mondes se sont retrouvés par la noblesse du sport et la compétition a fait une trêve.

Puis il m'expose ma problématique de course en me rassurant: je ne suis pas un cas désespéré. Ouf! Et encore mieux: il affirme que je peux raisonnablement croire en mes chances de courir le demi dans 6 semaines.

Vous imaginez mon sourire? Mon rire? La planète jogging de retour dans ma vie avec bénédiction du grand Doc??? Je flotte sur mon nuage, accepte avec une infinie gratitude les suggestions et les encouragements. Je me sens flotter et de retour sur la piste des mères-de-famille-monoparentales-joggeuse-pas-que-du-dimanche (de 37 ans!)

La peur de me faire imposer un repos encore plus long fait place au bonheur.

Pourtant, malgré les étoiles dans les yeux, le stress des dernières semaines tombe et me coulent les larmes sur les joues. Je roule lentement jusqu'à ma maison et revois dans ma tête toute la stupidité de la mauvaise décision de courir ce 23 juin dernier sans égards à la douleur de l'Essentielle. Mais j'apprends que le corps parle souvent bien plus qu'on ne veut réellement l'entendre, et en faisant la sourde oreille on trébuche. Le danger n'est pas que sur la piste: il est dans la tête!

Quelle leçon dois-je en tirer si ce n'est que celle de croire en soi et de remercier pour toutes ces grâces les muscles, le coeur, les poumons, les humeurs et la ténacité qui permet à nos rêves de suivre leur voie. Avec respect. Sagesse. Patience... une vertu que j'apprivoise tranquillement.

Mais attention ici: je ne vendrai pas la peau du stade avant de l'avoir piétiné, ce fameux demi! Et on s'en reparlera, croyez-moi!

La Plume...

... qui remercie le quatrième type de m'avoir traité, au final, comme une athlète de 20 ans! Et un immense merci à un très "spacial" ami (qui connait l'ami de l'ami) et qui m'a obtenu cet innespéré rendez-vous!





20 juillet 2010

Pourquoi courir - épisode IV

Ou...
La chaussure contre-attaque !

(Texte du 19 juillet)

Ce matin, une deuxième course post-convalescence au menu. Celle-là pour tester le pied, mais bien plus: pour tester la chaussure.

C'est en déposant ma tête sur l'oreiller, avant-hier soir, que j'ai eu un doute: si le soulier avait à y faire? Je sais mon pied en voie de guérison, mais sur le talon encore oedematié demeure une tension qu'il faudrait à tout prix éviter d'aggraver avec un chaussure mal ajustée.

Je chausse donc, pour cette deuxième expérience, la vieille chaussure. Celle qui m'a fidèlement conduite à Montréal l'an dernier. Usée, ridée, mais toujours aussi heureuse de pointer le bout du museau dehors. Elle s'est donc laissée enfiler comme le soulier de verre sur le peton de Cendrillon... le plaisir des grandes retrouvailles!

Au menu, une boucle de 2km... peut-être 3. Sagement, patiemment. Un départ nettement moins nerveux et plus confortable qu'à la première sortie. Enfin, je ressentais ce retour à la confiance, à l'attitude de la coureuse qui sait le quand, le comment, le pourquoi. Un seul hic: le podomètre s'affole! Après 700m il m'annonce fièrement le kilomètre, puis me congratule de mon tempo record de 3'30 au kilomètre... Mais c'est pas du tout moi, ça???

J'arrive donc à la maison sachant mon podomètre fiévreux ou carrément bipolaire! Comme le pied va bien, qu'il a adoré le confort connu de la veille galoche, je planifie donc une autre petite sortie pour tester l'étalonnage de mon gadget Nike Sport.

11h00. Je quitte en voiture pour me rendre à la piste d'athlétisme du quartier: ici on ne pourra pas confondre la coureuse et le podomètre s'adaptera à la réalité du parcours. Je commence en courant avec la nouvelle, la petite jeune. Celle-là qui a déjà parcouru 400 kilomètres sans accrocs. Je ne doute pas de son honnêteté mais comme mon pied enflé est enserré plus nerveusement au talon par cette dernière, elle devra peut-être attendre sagement le temps que l'inconfort disparaisse complètement. Surtout, ne pas la rejeter avec mépris, mais adapter mon besoin actuel.

Alors j'étalonne. Un kilomètre avec la jeune, un autre avec la vieille... maintenant elles pourront me suivre au gré de ma réadaptation. À moins qu'une troisième s'installe et que le triangle me flanche mes premiers amours? En espérant ne provoquer aucune jalousie, je polygamerai!


La Plume.... après 4500 m de belles foulées!

19 juillet 2010

Pourquoi courir - épisode III

Ou...
L'humilité de l'intermédiaire de retour en case départ...

(Texte du samedi 17 juillet)

Déjà 24 dodos sans courir. Pénible, difficile. Enrageant. On l'a déjà dit, ça. Et de l'épisode II on ne reprendra pas le propos. Ici, l'intérêt c'est la réappropriation d'une aptitude déjà connue encouragée d'une patience nouvelle et stimulante: le retour à la course.

Bien. Ce matin expérience numéro un: seulement 2 km. Pas plus, peut-être moins. Comprendre la fragilité de l'ensemble et attaquer pas à pas. Être attentive au moindre inconfort. Éviter les faux pas. Ne pas pousser... avancer. Un pied devant l'autre. Déjà de chausser le soulier fut une épreuve heureuse. Parce qu'avec la chose au pied, on se sent reprendre du service, comme le chien qui voit son maître prendre la laisse et qui sait qu'il ira marcher! Ce qu'on redoute, par contre, c'est la douleur, la cassure dans le rythme, la méfiance amenant l'instabilité, qui engendrerait du coup encore plus de douleur... et l'abandon. Et re-découragement.

Et la course fut heureuse. Pas parfaite mais rassurante. Il y a décidément encore un petit gaucher qui a du coeur au ventre...

Pour le convaincre, j'ai usé de tous mes charmes. La veille, au sortir d'un bon bain chaud, j'ai massé le mollet, écorné le talon et la plante, enduit de crème aux parfums aguichant les orteils, puis excité tout le pied en encourageant par la seule force de la télépathie les neurones concernés. Et le pied a eu droit à une nuit reposante dans l'espoir de le voir frais et dispos au réveil.

Restait encore le doute. La peur de l'excès de témérité pouvant mener au coup fatal. Dans le coin droit se tenait le coureur invisible tenu en laisse depuis 3 semaines et qui suppliait de tomber ses chaînes, et dans le coin gauche le pauvre convalescent encore tout juste sortie du lit et nouvellement dégarni de ses médicinales aiguilles. Comme dans un ring, mais sans les cordages, les deux adversaires devraient se faire confiance mutuelle pour travailler de concert et non pas chercher à mettre l'autre KO.

Bon Dieu que les premières foulées furent intenses! Et émouvantes!

Primo... outre les pieds, le coeur devait reprendre du service et ré-apprivoiser la cadence.

Deuzio... les yeux se tenaient à l'affût de tout défaut, caillou, nid de poule pouvant faire tanguer l'équipage.

Tercio... le cerveau devait se faire entraîneur et physio à la fois pour hurler l'arrêt de la manoeuvre au moindre pépin sans se laisser influencer par la tête de mule cohabitant dans l'assemblage.

11 minutes 43 secondes de bonheur...

Je sais, y'a eu les 92, les 100... mais la valeur de ce 11'43 n'avait point de comparable...
Au plaisir d'encore courir!

La Plume... sagement, patiemment ;)

Pourquoi courir - épisode II

Ou...
Le mystère de l'impatience


(Texte du 9 juillet)

Je rumine depuis 16 jours maintenant. Et c'est seulement depuis 2 jours que je comprends mieux ma colère et ma déception. Celle qui me gruge ma bonne humeur et m'empêche de dormir, celle qui m'aveugle et ne me permet pas d'espérer au détour un prompt rétablissement par la patience.

Je n'ai JAMAIS été bien patiente: c'est un fait. Et lorsque je dois lâcher prise et m'abandonner à la sage attitude de LA fille patiente, je rage!

Je vivais ma course, cette année, comme une action concrète et organisée, usant intelligemment de mon corps pour produite ces efforts encouragés par les gains précieux en mètres menant aux kilomètres. Un pied devant l'autre, comme on apprend à marcher, puis à avancer. Je savais que l'objectif était noble et même salvateur. Parce que pour moi, courir, c'est être en vie.

Ce retour à la course il y a 3 ans m'a permis de renouer avec mes forces et laisser derrière le trop plein de malheurs. Je reprenais ainsi ma place dans ma peau et mon corps pour me rappeler que cette enveloppe n'était pas qu'un amas de chair malmenée, mais un coeur, des poumons, des muscles et puis des humeurs, de la détermination, de la ténacité, du bonheur.

C'est indescriptible et parfois presque indécent, toutes les sensations physiques et psychiques, tout ce que la seule action de déposer un pied au sol, puis répétant inlassablement la séquence, peut engendrer dans un seul petit corps. C'est gracieux et souffrant à la fois. C'est beaucoup savoir laisser la fatigue derrière pour affronter celle qui s'en vient. Et le plaisir c'est de retrouver l'ensemble intact à la fin d'une course, coeur et poumons et muscles, et tout le reste amplifié, noyé d'endorphines: les humeurs, la détermination, la ténacité et le bonheur.

Et puis une mercredi, sans avertir, une course douloureuse. Pour le pied mais surtout pour l'orgueil: un pied essoufflé, un espoir disloqué... l'abandon d'un entraînant l'autre.

Au début, je n'ai pas voulu y croire. Je n'ai pas compris et me suis réfugiée dans le "demain ça va aller mieux". Mais rien. Un jour, deux jours... trois... maintenant 16. Marcher, seulement, est un supplice. Et en pleine phase d'incompréhension, la chute brutale d'adrénaline comme la montagne russe en aval de la grande montée, qui laisse dans son sillage la tristesse et la sensation de manque. Même les endorphines n'arrivent plus à tenir l'espoir. Le vide.

Un petit pied gauche, au destin et à l'allure jusqu'alors si noble, m'avait abandonné. Mais pourquoi? Ne t'avais-je pas bichonné les tendons, encouragé ton Achille, caressé ta plante et soigné finement tes muscles du plus petit vers la cuisse? N'ai-je pas étiré courageusement ton sciatique pour le remercier de son dur labeur? Qu'y a-t-il eu, petit gaucher, pour te voir perdre ta cadence et ralentir mes ardeurs?

Autour, pendant la pause, s'acharne des messagers de mon déshonneurs avec leurs phrases assassines:

"Tu pensais vraiment arriver à courir le demi?"

"Tu sais, avec cette chaleur, il n'était pas sage de courir et ton pied a peut-être tenté de te réveiller ta raison!"

" Oh, mais tout le monde aime courir une fois de temps en temps. Pas besoin de courir autant"

" Mais ma chère, il n'arrive rien pour rien, dans la vie!"

Ici, au risque de m'entêter. de persister, puis-je préciser que cela était plus qu'un divertissement, que la saveur du moment! Plus qu'une petite course pour me pavaner avec mes nouveaux vêtements! Plus qu'un désengagement au premier tracas! Plus qu'une remise au lendemain en cas de rhume, de chaleur ou de SPM! C'était MA course. Ambitieuse, certes, mais sage et inspirante.

De tous mes échecs ou détours d'adversité des dernières années, comprennez-le bien chers détracteurs, celui-là blesse bien bas parce que l'objectif n'était fait que de bien pour moi, à moi. Il ne dépendait de personne d'autre que de mon égoïste MOI et cela, parce que ce pied, et bien, il habite au bout de ma jambe, qui s'attache dignement au tronc de ma carcasse, et s'enjolive de peau, de muscles, d'un coeur, de poumons, d'humeurs et de passion.

Ce sera certainement pour me rassurer de toute la passion engagée que malgré le mur dressé aujourd'hui devant mon rêve je serai partante en septembre d'une course, sous quelque forme que ce soit. Et je les parcourerai ces 21 kilomètres en martelant l'asphalte pas après pas, sur mes pieds ou dans ma tête. Mais j'y serai. Croyez-moi!!!

La Plume... un pied sans l'autre !

Pourquoi courir - épisode I

Ou...
La motivation d'un début de saison

(Texte d'avril 2010)

La plus jolie réponse à cette formidable question, je l'ai entre lu en quelque part, écrite par un athlète et entraîneur: " Parce que tout n'est pas facile dans la vie et qu'il faut tout de même avancer..." Bon, à quelques souvenirs près, c'est ce qui était dit.

Se battre, affronter, vaincre... ou abandonner ?!

Mes jambes, ce matin, me tiennent de peine. Ma carcasse me traîne. Pourquoi? Parce que je me sens lourde et surmenée, parce que je n'ai pas très envie d'aller me taper une journée d'enseignement, parce que j'ai un peu de retard dans mes dossiers, parce que mon travail de session universitaire est compliqué. Parce que... parce que... parce que tout!

Mais à 15 h, comme j'en ai l'habitude depuis quelque temps, j'enfilerai mes collants, ma tuque de laine et coincerai mon iPod sur mes oreilles.

Mais il vente terriblement fort, dehors. Et je crains une pluie glaciale.

Mais je ferai de mon mieux.

Mais je n'ai pas réellement envie de courir aujourd'hui.

Mais se concentrer et suivre ce que me dicte mon carnet d'entraînement. Objectif du jour 30 minutes tempo R1.

Mais oui... j'irai piétiner l'asphalte et la garnotte sans trop savoir si la course sera réjouissante ou carrément décevante.

Mais est-il des courses complètement décevantes et non-satisfaisantes? Un vrai coureur ne se pose pas la question. Car pour oser affronter le dehors il faut d'abord affronter son corps et ses muscles, marteler le sol et s'arracher parfois les poumons. Il faut beaucoup de détermination, une bonne dose de témérité et un objectif de coeur bien plus grand qu'un objectif de temps ou de distance.

Les parcours solitaires du coureur fait qu'au final il se bat beaucoup plus contre lui-même que contre les éléments. Pas d'équipe derrière, pas de coach qui cri: " Go, on lâche pas! On est presqu'arrivé... encore un pt'tit peu... t'es capable!" Le coureur est sa propre équipe, son propre entraîneur, sa meneuse de claques, sa foule hurlante, son masseur à l'arrivée. Il est son départ, son tempo, ses sprints, son fil d'arrivée.

Alors peu importe la pluie et le vent qui ne sont des prétextes camouflant les réelles démotivations. L'état psychologique est immensément plus impliqué qu'une petite roche dans le soulier! Et oui, l'état d'hostilité intérieur étant bien plus effrayant que celui de mère nature, j'vous jure!

Alors vite que je me chausse: une autre petite course m'attend !

La Plume... un pied devant l'autre :)

7 juillet 2010

Cerv-eau lent!


Quand je lis, j'organise mon propos comme pour répondre à l'auteur, ou encore mieux, pour discourir de thèmes qui m'absorbent. Je réponds, j'argumente, je m'instruis de choses qui autrement resteraient mystères.

Pourtant, en abandonnant mon livre et en me recueillant devant le paysage, je demeure actuellement muette, incapable du moindre raisonnement ou, pire, je me sens ignorante devant l'écho du grand large qu'est la vie.

Je vis, pourtant. Je vis MA vie. Mais contrairement à celles relatées dans les oeuvres des autres, je suis parfois moins généreuse de discours. Mon imagination implose et mes neurones se coincent. Pourtant elles sont là, en quelque part, attendant que la connexion me permette l'éveil nouveau.

Prenez ma soirée calme. Celle qui ne soupçonne pas la grandeur de ce qui trône devant mes yeux. Le temps arrêté, le calme de l'eau ne m'inspire aucun sujet particulier. Et là, je laisse aller ma tête et l'emplie d'images. L'absence de mouvement devrait me tenir en suspension, pourtant elle arrive à activer quelques paysages dans ma mémoire qui décide, ici, d'écrire, et hier d'écrire, et de demain, j'espère, d'écrire encore et encore...

Voici donc ce que m'inspire le calme de la soirée d'été, la soirée la plus chaude, où colle encore un 30,1 degré C.

La sagesse du calme du lac.

Je vois le lac comme un acteur du vieil adage "la tempête après le calme" (oui, oui, je sais que c'est l'inverse, mais mon propos a besoin de celui-ci).

L'esprit embrouillé ou éveillé par le bon vin, je vibre de l'agitation offerte par le calme de l'eau et des émotions enfouies dans mon corps et ma tête. Je sais le temps serein... et sais qu'il faut savoir accueillir les tourments. Le temps d'hier n'est pas toujours garant de demain. Et cela, en soi, m'inspire.
Au grand calme d'aujourd'hui, arriveront les mouvements de demain.
Peut-être d'immenses vagues coloreront la noblesse des perturbations et le sable ainsi balayé usera la plage et les grains qui n'insisteront pas. Le vent, lui, arrachera quelques feuilles aux grands érables de l'arrière cour qui protègent mon humble terrasse. L'arbre, ainsi attaqué se résignera à prévoir de nouveaux bourgeons sans plaintes. Les moucherons, eux, cloués par la pluie sur le tarmac en profiteront pour explorer nos intérieurs. Même le soleil, jeune étoile au destin flamboyant, acceptera de se loger temporairement par-delà les outrages nuageux.
Et le calme se tient, tête haute, devant mes yeux. Le lac soupire, le sable expire, le vent attend...

Voyez-vous, je m'incline pour l'instant de n'avoir rien de mieux à dire, rien à écrire. Reste que je me permettrai une autre rasade de rouge... juste au cas!
La Plume