26 décembre 2020

Solitude, je te circonstancialiserai



Je nous observais en ce 24 au soir, lui en poitraille- frisé et pyjamas, moi en gilet mou et la figure un-ti-peu-maquillée, convaincus de notre capacité à faire de cet ordinaire singularité une festive soirée. Le torse aimé devant moi n’a rien à envier au tuxedo guindé. Il est mon havre circonstanciel garni de son plus beau lui-même. 

 

De mon côté , en bonne ménagère, je gourmandais le canard au four et la purée en chambre, navigant agilement dans le multitâches d’un bonheur tranquille et d’une partie d’échec qui s’éternisait, victime de 2 adversaires néophytes et pas stratégiques pour 5 cent. 

 

Solitaires nous étions.

Solitaires de nos enfants, de nos parents et de la nécessaire parenté de nos Réveillons d’avant. 


D’avant maintenant.

 

Solitaire nous étions.

Mais pas envieux. 

À peine une douce nostalgie, une IPA et un rigodon pour se calmer du manque de bruit et d’éclats de rires de notre chalet déserté.

 

Pas envieux.

Pas envieux des « ceuzes » qui ont manigancés les portes de derrières pour encabaner plus de convives qu’autorisées ou qui ont complotés leur indécente grosse dinde en la fourrant dans la solidarité des soignants épuisés. 

 

Et des nouveaux solitaires qui ont perdus un être cher…

Et des chômeurs-entrepreneurs qui picochent dans une assiette au menu anorexique…

Et des petites proies qui ont trop de rapaces dans leur espace confiné…

 

Nous avions la solitude pleine d’eux.

Et dans nos tête cette lourde certitude que d’une solitude à l’autre, il y a des univers de circonstances. Et de l'inconsistance morale. Ça, c'est désolant.

 

La crise ne nous a pas personnellement affecté. 

Ni le porte-monnaie, ni la santé. 

Ni trémoussée de jeunes enfants dans les pattes qui veulent se faire essuyer le derrière pendant que la maman tente de garder sa contenance devant ses collègues en mode rencontre virtuelle…

 

Non, rien. 

Mais dans nos derniers mois s’est développée une sensation d’injustice pesante en observant les comportements de nos pairs. Je suis triste de ceci, et il est déçu de cela. Que rien n’ait changé notre quotidienne assiette ni empêché de trinquer paisiblement en ce 24 au soir ne fait pas de nous des privilégiés déconnectés. Et nos pores de peau qui transpirent leurs pleurs à tous. Misère. 

 

On vit de l’anxiété par procuration et de l’insécurité financière par projection.

On s’endort angoissés.

On se réveille cernés.

On bouscule notre travail comme des déchaînés.

Pis on s’informe juste assez pour savoir. 

Mais pas trop.

Sinon on se martyrise le bonheur.

Pis ça, ça peut faire peur.

On le sait : on a essayé… et là on a choisi de se soigner et de décrocher.

On dort mieux.

Et on place la reconnaissance au centre de nos actions.

 

Le bonheur de notre 24 se construit dans la simplicité.

Et ainsi se fera notre transition vers la Nouvelle Année.

 

Des résolutions?

Continuer d’être résolument solidaire de tous les solitaires.


Santé!


La Plume

 

20 juin 2020

Folle graduation



Quand on y regarde de près, et je comprends cela 30 ans après ma propre graduation du secondaire (oui, oui, 30 ans!!!), la fin de son secondaire ce n’est que le début.

On ne le réalise que beaucoup d’années plus tard : ce qui semble au jour J un aboutissement, mène à une porte ouverte sur tout ce que la vie aura à vous enseigner, tout ce que vous provoquerez, combattrez, choisirez, et qui seront une succession habile et malhabile d’apprentissages. 

Parce qu’apprendre est périlleux.

Il y a pour preuve les récents espoirs que la pandémie a malmenés. Ceux qu’elle a bousillés mais infiniment ceux qu’elle a engendrés. Nous en avons exploré tous les angles et les racoins du concept d’inégalités. Elle n’a épargné personne : elle nous a affecté au gré des filets et des acrobaties qui mouvaient sous nos pieds. De certitudes professionnelles elle est devenue le Séraphin des fonds de tiroirs, d’esprit sain elle a réveillé nos angoisses, de santé de fer elle a faire ressurgir les combats des précaires et fauché les mal soignés. Elle a exacerbé les petits travers et exposée les gouffres sociétaires. 

Elle nous a enseigné ce que l’autre vivait mais auquel nous préférions demeurer aveugle. 

Ainsi, je reviens à toi, jeune diplômé qui a raté la fin idéalisée de son secondaire.
Qu’as-tu pris soins d’apprendre dans tout cela?
Qu’as-tu vu que tu n’imaginais même pas avant?
Qu’as-tu protégé pour ne pas qu’il se casse?
Qu’as-tu rêvé dans ta tête pour ne pas trop tourner en rond?
Qu'as-tu choisi d'être ou ne plus être?

Cette pandémie est bien la preuve que la vie s’est apprendre en continue. 
Et toi, et moi, avons eu la chance d’apprendre à vitesse grand V!
Nous avons même développé notre docilité devant une pouch-pouch d’hydrogel-alcoolisé en mode distanciation sociale en faisant la file à la caisse, c’est pas rien!

Vous apprendrez sur les bancs, vous apprendrez sur vos divans, vous apprendrez de vos professeurs et de vos détracteurs, vous apprendrez des amours qui restent et de la perte d’êtres chers, et si toujours vous gardez l’esprit ouvert, les déceptions se transformeront en retrousseurs-de-manches et les obstacles en tremplins. Même vieillir fera de vous un éternel jeunot, curieux et conscient de la valeur de ce privilège.

Bravo pour ce chemin parcouru, cette réussite académique.
Maintenant, vivement l’école de tout le reste de votre vie 

La Plume

Image: Pixabay, libre de droits

28 mars 2020

Humaine à l'ère du Covid



Message important!

Je ne fais pas exception à la règle, je rationalise présentement tout ce qui se passe, je respecte les consignes, je suis une bonne citoyenne même si je ne sais pas toujours comment m’adapter à ce rythme et à cette singulière réalité qui chambarde l'ensemble des sphères de nos vies.

Ma petite vie stable, égocentrée, paradis de bonheur tranquille et de routine assumée. Cette vie à laquelle on impose un « vivre le moment présent ». On tente de continuer à préparer demain, rêver de demain? Oui. Mais 24 heures à la fois. Et à chaque 24 heures on me demande d’intégrer autre chose. Préparer autre chose. 

Depuis déjà une éternité de 2 semaines, on m’invite à ne pas aspirer de trop près l’air de mon voisin. Bientôt cela impliquera peut-être même celui de mes enfants et de mon amoureux, ceux-là même qui possèdent encore leur VISA d'entrée chez moi. L’isolement est un concept encore relativement abstrait pour la grande majorité d’entre nous. Dans notre famille, il y a eu isolement volontaire au retour de voyage, car pas plus tard qu’il y a 21 jours nous baladions nos popotins sur Time Square avec d’autres milliers de paires de fesses qui ne connaissaient rien du concept de l'heure, la distanciation sociale. Nous aurions été au plus amusés, si un inconnu avec sa pancarte et sa clochette nous avait hurlé de fuir l’apocalypse annoncé! Je sentais toutes mes fibres exister et cohabiter avec le genre humain. Pas plus tard qu’il y a 21 jours, j’étais une citoyenne du monde en liberté. Si je calculais cela en secondes, cela me semblerait-il plus lointain? 

Je sais que je suis libre. En tant qu’humaine privilégiée, j’admets que le confort nous fait trop souvent oublier cette notion essentielle. D’où la lourdeur actuelle reliée à l’isolement, la distanciation, le ralentissement, la perte d’emploi, la perte d’intimité dans nos maisons avec les enfants trop présent, la perte d’intimité dans la leur avec leur parents trop présents… on ne s’en sort pas! Ça installe une ride d’inquiétude dans le visage et ça pousse une couleur de racine capillaire qu’on tente d’ignorer. 

Peut-être aussi une belle leçon collective qui nous éveillera la conscience en réalisant toute l'absence de liberté et le combat quotidien de l'humain qu'on ne connait pas ou qu'on ne veut pas voir? Peuples opprimés qui s'entassent dans des camps, enfants fouillant dans les dépotoirs pour ramener un maigre salaire à leur famille encore plus maigre, fillettes qui ont accès à l'excision plutôt qu'à l'éducation, mères qui attendent dans des files interminables pour un peu d'eau potable. Et on ose critiquer la file chez l'épicier ces jours-ci. Bordel!

Message important… 

Je respecte les règles. Celles que le gouvernement me dicte, celles que le gros bon sens collectif exige, celles que les conversations sous la couette aboutissent en accommodements raisonnables. Et je révise, tu révise, nous révisons ces règles continuellement. 

Au travers cela, je tente de maintenir le rythme. Dans ma tête, j’ai les synapses qui tentent de s’adapter à une vitesse exponentielle. Je les entends presque se disputer l’urgence de produire des interconnexions sur un territoire qui ne peut pourtant plus prendre d’expansion. Ma boîte crânienne, elle limitée. Et dans cette boîte cohabitent un cerveau primitif alimenté par ses instincts de chasseur et la survie d'avec un lobe frontal qui demande sagesse, sens moral et analyse. Il y a surchauffe! 

Un peu comme si on exigeait à Cro-Magnon de devenir Homo Sapiens sans lui laisser l'espace-temps nécessaire à l'évolution. Survie de l’espèce oblige: demain verra-t-on naître un nouveau genre? L’Homo Coro-Survivis? 

Les seuls qui ont compris et qui arrivent à suivre la cadence d'une évolution en mode adaptativo-accéléré, ce sont les virus. Et un satané virus profite actuellement de la mondialisation pour s’immiscer dans nos cellules. Même les murs inter frontaliers érigés par les politiciens les plus protectionnistes n'y peuvent rien. Car le virus fait fit de tout mur! Et il a le souci égalitaire, ce petit malin! Que je sois blanc ou noir, jeune ou vieux, riche ou pauvre, le virus ne connait aucun racisme ou favoritisme cellulaire.

Mais ce matin...

J’apprécie actuellement le calme dans ma maison. Seule. C'est pas curieux, en ces jours de confinement, mais l'avouer me semble aussi curieux qu'admettre un tabou indécent. J'ai une pause de mon étourdissant télé travail des deux dernières semaines, un amoureux qui a la chance d'aller se divertir à l'usine, des enfants qui ont encore l’opportunité de se garde-partager et vivre de bons moments avec leur papa. Donc je suis heureuse et seule avec ma machine à espresso dont j’ai peut-être un peu abusé. Et la caféine m'exacerbe présentement la boule d’émotion.

En me levant ce matin, je me suis mise à réfléchir à tout ce que je devrais prendre le temps de dire et d’écrire "si jamais!" 

Si jamais ma nouvelle notion de normalité éclatait et que moi ou ceux que j’aime devions s’ajouter à la prochaine statistique quotidienne? Au-delà d’une annonce de la santé publique, si nos vies ne tenaient pas plus pour eux ou pour moi qu’à un fil et que ça devenait un combat infiniment plus personnel? Ne devrions-nous pas prendre le temps maintenant de dire tout le bien que nous valons les uns pour les autres? Avant de partir?

Car pour moi, le pire, ce qui me fait intérieurement un "rentre dedans" lucide et déchirant à la fois, et malgré le calme, l’adaptabilité et le positivisme que je continue d’expirer à mon entourage et que je nourris dans ma tête comme un mantra, c’est la cruauté ultime que représente la pandémie : la solitude de la fin. 

Le « je ne pourrais pas te tenir la main ». 

Si cela ne vous arrache pas une larme ou n’éveille pas une once de lucidité sur la raison d’être du confinement actuel et des règles qu’on impose, je ne sais pas ce que ça va vous prendre.

Dans mon ancienne vie j’ai accompagné des mourants. J’ai débranché des respirateurs, j’ai pris la main d’un parent ou d’un enfant que j’ai glissé dans la main de l’autre en disant « Il / elle vous entend encore…. Parlez-lui doucement pour qu’il parte calmement. Gardez la chaleur de votre main dans la sienne, tendrement. » J’ai moi-même été cette main quelque fois, pour de purs étrangers dont l’absence de famille me troublait. Croyez-moi, c’est intime, humble et essentiel, une poignée de main. Ça vous redonne mille fois ce que la simplicité du geste suppose.

Pas besoin ici de m’épancher plus longuement sur la crainte qui m’habite de partir seule. 

Mon long texte se terminera après ceci...

Si ma main ne devait plus pouvoir se rassurer ou accompagner la tienne… 
Et si le vrai isolement, l'ultime, m’empêchait de te le dire yeux dans les yeux et joue contre joue…

Merci !

Pour la santé, les paysages, les rivières, la nature tranquille et les rues grouillantes, la confiance et les défis. Pour les moments difficiles qui m’ont construit et les plus faciles que je n’ai pas toujours appréciés à leur juste valeur. Pour les bonnes bouffes et le bon vin, les câlins et les chicanes utiles, les souvenirs et les passions partagées. Merci d’avoir pris soins de moi et de m’avoir fait confiance pour que je prenne soins de vous. Merci ma vie... on fait pas mal une belle équipe!

Je t’aime!

À chacun de mes trois beaux enfants, mon amoureux, ma famille, mes amis, mes collègues, mes voisins et tous les humains que la vie a mis sur mon chemin. Je t'aime toi, toi, toi... essentiellement pour toute la couleur et la richesse dont tu me nourris constamment!

Et si nos mains devaient se voir distanciées du bonheur de s’enlacer jusqu'à la toute fin, mes doigts se fermeront, les uns sur les autres, une dernière étreinte pour te dire encore tous les mercis et tout l'amour que j’ai pour nous, jusqu'au bout!


La Plume... ça va bien aller!


Image tirée du site "Pixabay" libre de droits