Message important!

Je ne fais pas exception à la règle, je rationalise présentement tout ce qui se passe, je respecte les consignes, je suis une bonne citoyenne même si je ne sais pas toujours comment m’adapter à ce rythme et à cette singulière réalité qui chambarde l'ensemble des sphères de nos vies.
Ma petite vie stable, égocentrée, paradis de bonheur tranquille et de routine assumée. Cette vie à laquelle on impose un « vivre le moment présent ». On tente de continuer à préparer demain, rêver de demain? Oui. Mais 24 heures à la fois. Et à chaque 24 heures on me demande d’intégrer autre chose. Préparer autre chose.
Depuis déjà une éternité de 2 semaines, on m’invite à ne pas aspirer de trop près l’air de mon voisin. Bientôt cela impliquera peut-être même celui de mes enfants et de mon amoureux, ceux-là même qui possèdent encore leur VISA d'entrée chez moi. L’isolement est un concept encore relativement abstrait pour la grande majorité d’entre nous. Dans notre famille, il y a eu isolement volontaire au retour de voyage, car pas plus tard qu’il y a 21 jours nous baladions nos popotins sur Time Square avec d’autres milliers de paires de fesses qui ne connaissaient rien du concept de l'heure, la distanciation sociale. Nous aurions été au plus amusés, si un inconnu avec sa pancarte et sa clochette nous avait hurlé de fuir l’apocalypse annoncé! Je sentais toutes mes fibres exister et cohabiter avec le genre humain. Pas plus tard qu’il y a 21 jours, j’étais une citoyenne du monde en liberté. Si je calculais cela en secondes, cela me semblerait-il plus lointain?
Je sais que je suis libre. En tant qu’humaine privilégiée, j’admets que le confort nous fait trop souvent oublier cette notion essentielle. D’où la lourdeur actuelle reliée à l’isolement, la distanciation, le ralentissement, la perte d’emploi, la perte d’intimité dans nos maisons avec les enfants trop présent, la perte d’intimité dans la leur avec leur parents trop présents… on ne s’en sort pas! Ça installe une ride d’inquiétude dans le visage et ça pousse une couleur de racine capillaire qu’on tente d’ignorer.
Peut-être aussi une belle leçon collective qui nous éveillera la conscience en réalisant toute l'absence de liberté et le combat quotidien de l'humain qu'on ne connait pas ou qu'on ne veut pas voir? Peuples opprimés qui s'entassent dans des camps, enfants fouillant dans les dépotoirs pour ramener un maigre salaire à leur famille encore plus maigre, fillettes qui ont accès à l'excision plutôt qu'à l'éducation, mères qui attendent dans des files interminables pour un peu d'eau potable. Et on ose critiquer la file chez l'épicier ces jours-ci. Bordel!
Message important…
Je respecte les règles. Celles que le gouvernement me dicte, celles que le gros bon sens collectif exige, celles que les conversations sous la couette aboutissent en accommodements raisonnables. Et je révise, tu révise, nous révisons ces règles continuellement.
Au travers cela, je tente de maintenir le rythme. Dans ma tête, j’ai les synapses qui tentent de s’adapter à une vitesse exponentielle. Je les entends presque se disputer l’urgence de produire des interconnexions sur un territoire qui ne peut pourtant plus prendre d’expansion. Ma boîte crânienne, elle limitée. Et dans cette boîte cohabitent un cerveau primitif alimenté par ses instincts de chasseur et la survie d'avec un lobe frontal qui demande sagesse, sens moral et analyse. Il y a surchauffe!
Un peu comme si on exigeait à Cro-Magnon de devenir Homo Sapiens sans lui laisser l'espace-temps nécessaire à l'évolution. Survie de l’espèce oblige: demain verra-t-on naître un nouveau genre? L’Homo Coro-Survivis?
Les seuls qui ont compris et qui arrivent à suivre la cadence d'une évolution en mode adaptativo-accéléré, ce sont les virus. Et un satané virus profite actuellement de la mondialisation pour s’immiscer dans nos cellules. Même les murs inter frontaliers érigés par les politiciens les plus protectionnistes n'y peuvent rien. Car le virus fait fit de tout mur! Et il a le souci égalitaire, ce petit malin! Que je sois blanc ou noir, jeune ou vieux, riche ou pauvre, le virus ne connait aucun racisme ou favoritisme cellulaire.
Mais ce matin...
J’apprécie actuellement le calme dans ma maison. Seule. C'est pas curieux, en ces jours de confinement, mais l'avouer me semble aussi curieux qu'admettre un tabou indécent. J'ai une pause de mon étourdissant télé travail des deux dernières semaines, un amoureux qui a la chance d'aller se divertir à l'usine, des enfants qui ont encore l’opportunité de se garde-partager et vivre de bons moments avec leur papa. Donc je suis heureuse et seule avec ma machine à espresso dont j’ai peut-être un peu abusé. Et la caféine m'exacerbe présentement la boule d’émotion.
En me levant ce matin, je me suis mise à réfléchir à tout ce que je devrais prendre le temps de dire et d’écrire "si jamais!"
Si jamais ma nouvelle notion de normalité éclatait et que moi ou ceux que j’aime devions s’ajouter à la prochaine statistique quotidienne? Au-delà d’une annonce de la santé publique, si nos vies ne tenaient pas plus pour eux ou pour moi qu’à un fil et que ça devenait un combat infiniment plus personnel? Ne devrions-nous pas prendre le temps maintenant de dire tout le bien que nous valons les uns pour les autres? Avant de partir?
Car pour moi, le pire, ce qui me fait intérieurement un "rentre dedans" lucide et déchirant à la fois, et malgré le calme, l’adaptabilité et le positivisme que je continue d’expirer à mon entourage et que je nourris dans ma tête comme un mantra, c’est la cruauté ultime que représente la pandémie : la solitude de la fin.
Le « je ne pourrais pas te tenir la main ».
Si cela ne vous arrache pas une larme ou n’éveille pas une once de lucidité sur la raison d’être du confinement actuel et des règles qu’on impose, je ne sais pas ce que ça va vous prendre.
Dans mon ancienne vie j’ai accompagné des mourants. J’ai débranché des respirateurs, j’ai pris la main d’un parent ou d’un enfant que j’ai glissé dans la main de l’autre en disant « Il / elle vous entend encore…. Parlez-lui doucement pour qu’il parte calmement. Gardez la chaleur de votre main dans la sienne, tendrement. » J’ai moi-même été cette main quelque fois, pour de purs étrangers dont l’absence de famille me troublait. Croyez-moi, c’est intime, humble et essentiel, une poignée de main. Ça vous redonne mille fois ce que la simplicité du geste suppose.
Pas besoin ici de m’épancher plus longuement sur la crainte qui m’habite de partir seule.
Mon long texte se terminera après ceci...
Si ma main ne devait plus pouvoir se rassurer ou accompagner la tienne…
Et si le vrai isolement, l'ultime, m’empêchait de te le dire yeux dans les yeux et joue contre joue…
Pour la santé, les paysages, les rivières, la nature tranquille et les rues grouillantes, la confiance et les défis. Pour les moments difficiles qui m’ont construit et les plus faciles que je n’ai pas toujours appréciés à leur juste valeur. Pour les bonnes bouffes et le bon vin, les câlins et les chicanes utiles, les souvenirs et les passions partagées. Merci d’avoir pris soins de moi et de m’avoir fait confiance pour que je prenne soins de vous. Merci ma vie... on fait pas mal une belle équipe!
À chacun de mes trois beaux enfants, mon amoureux, ma famille, mes amis, mes collègues, mes voisins et tous les humains que la vie a mis sur mon chemin. Je t'aime toi, toi, toi... essentiellement pour toute la couleur et la richesse dont tu me nourris constamment!
Et si nos mains devaient se voir distanciées du bonheur de s’enlacer jusqu'à la toute fin, mes doigts se fermeront, les uns sur les autres, une dernière étreinte pour te dire encore tous les mercis et tout l'amour que j’ai pour nous, jusqu'au bout!
La Plume... ça va bien aller!
Image tirée du site "Pixabay" libre de droits