20 juin 2017

À mailles perdues...


La laine, liane solide et douce à la fois.
On y joue d'aiguilles, seconde par seconde
Toute l’histoire d’une vie que l’on tente de caresser sur notre joue.
Des rêves heureux que l’on porte 
Jusqu’à la tristesse qu’elle emmitoufle 
Les soirs où la brise termine nos étés.

Voilà cette même laine, née des pédales du rouet
Jusqu’à la patience de la balle
Qui se fait tendue ou lâche selon la vigueur que l’on y batifole
Et qui parfois perd son chemin. 
À la pauvre maille perdue 
On osera la possibilité d'un rattrapage
Aussi délicate soit l’opération. 
Les plus habiles y camoufleront le tout sans cicatrice et trou béant. 
Les autres tricoteront malgré. Le nœud au cœur.

J’en ai battue de ces aiguilles 
Pour monter mes nouvelles vies envers et contre point de riz. 
Des ouvrages que j’espérais charmants.
J’ai abusé dans l’attente parfois 
Et même diminué de quelques-uns sur mon propre endroit 
Que je n’arrivais pas à vivre bien rangée.
Puis l’étourderie qui se prend pour une torsade nous décourage soudain
Au point tel où même le tricotin ne servirait à rien.

On perd une maille, et puis une autre
Comme on perd au champ de bataille.
Telle une peine perdue, exaspéré
Arrivera le jour, au réveil, 
Où l'on comprend qu’il faudra défaire l’ouvrage.

On tirera le bout de cette laine
Qui lorsqu’on la glisse tendrement, revient à soi sagement.
On détricotera ainsi, conscient de toutes les secondes 
Et parfois les heures voire les années d’effort, 
Pour voir filer ces images qui se feront dorénavant souvenirs.

On roulera en boule l’échevelée.
On marquera d’une croix le travail inachevé.
Jusqu’au jour il y aura encore cette chaleur
Cette douceur, prête à être réinventée.
On doit se détricoter parfois
Dans l’espoir d’un plus pur ouvrage.

Puisque la laine est, encore.
Douce.
Douce.



La Plume… qui se fait laine pour toi ce soir, ma Mini Douce xxx