Une nuit je fis un rêve. Dans mon
lit, troublant refuge, s’affairait un petit poisson cherchant désespérément sa
maison.
Bouche suppliante et nageoires gigotantes,
m’apercevant il sauta soudain sur mon ventre. Là, dans ce lac sculpté pour
l’occasion, je décidai de mouiller en vidant le fond d’un vieux Bourbon.
Minuscule dans ce fleuve immense, le
petit dégourdit ses longueurs et tourna fébrilement en rond. Intriguée, vous
l’auriez été vous également, j’observai l’effet subtil de mes nobles
gargouillis provoquant de légers tsunamis. La première vague vibre, roula, mais
n’arrêta pas la nage du petit. Puis une seconde, une troisième, montant,
montant qui alertèrent enfin le pauvre étourdi… C’est alors que, téméraire ou
suicidaire, le poisson choisi de quitter ce havre devenu tempête pour atterrir
sur mes cuisses nageoires premières. Ne se laissant pas distraire, il glissa,
comme vous n’auriez osé l’imaginer, dans mon intimité affolée !
Flic, floc et hop ! Je sentie
aussitôt une chaleur indécente et fermai les yeux pour savourer et me laissai
envahir par les vibrations de ces mouvements, imaginant sa petite bouche
picochant mon intérieur et ses bulles chatouillantes remontant à mon mont en
rigolant.
Hélas, l’effet pervers ne dura point,
mais plutôt apparut un inconfort me donnant l’impression qu’il soufflait mon
bedon. Par ma peau fine et blanche je pu même voir les efforts insistants de ce
baleineau en devenir. Et de baleineau, croyez-moi, il devint assurément plus gros qu’un
cachalot !
Mon lit craqua, le sol se déroba et
comme une arche éventrée ma maison s’écartela. Asséché dans mon ventre
engrossé, le poisson senti bientôt l’urgence et me fit rouler, m’entraînant
dans sa quête vers le lit de notre rivière.
Toujours coincé dans mon univers, le
curieux poussa sur ma chair comme sur un
cocon le papillon, et plus frêle qu’un papier de soie ma peau se déchira
pour voir naître ce nouveau naufragé.
L’aventure, cher public, aurait pu
parcourir encore mille rivages. Mais oh dommage, ce fut en cet instant
troublant que mon sommeil m’éveilla.
Et chaque soir depuis cette nuit, un
rituel m’oblige à soulever mes draps cherchant désespérément un visiteur
insolite et je ne puis que m’attrister de n’y rien trouver d’autre que
d’invisibles acariens sans ambitions. Ou ne sont-ils pas tout simplement
suffisamment curieux pour voyager au-delà de ma douce toison ?
La Plume....




