30 octobre 2016

Le rêve du petit poisson… … ou une histoire à ne plus dormir du tout !

Une nuit je fis un rêve. Dans mon lit, troublant refuge, s’affairait un petit poisson cherchant désespérément sa maison.

Bouche suppliante et nageoires gigotantes, m’apercevant il sauta soudain sur mon ventre. Là, dans ce lac sculpté pour l’occasion, je décidai de mouiller en vidant le fond d’un vieux Bourbon.

Minuscule dans ce fleuve immense, le petit dégourdit ses longueurs et tourna fébrilement en rond. Intriguée, vous l’auriez été vous également, j’observai l’effet subtil de mes nobles gargouillis provoquant de légers tsunamis. La première vague vibre, roula, mais n’arrêta pas la nage du petit. Puis une seconde, une troisième, montant, montant qui alertèrent enfin le pauvre étourdi… C’est alors que, téméraire ou suicidaire, le poisson choisi de quitter ce havre devenu tempête pour atterrir sur mes cuisses nageoires premières. Ne se laissant pas distraire, il glissa, comme vous n’auriez osé l’imaginer, dans mon intimité affolée ! 

Flic, floc et hop ! Je sentie aussitôt une chaleur indécente et fermai les yeux pour savourer et me laissai envahir par les vibrations de ces mouvements, imaginant sa petite bouche picochant mon intérieur et ses bulles chatouillantes remontant à mon mont en rigolant.

Hélas, l’effet pervers ne dura point, mais plutôt apparut un inconfort me donnant l’impression qu’il soufflait mon bedon. Par ma peau fine et blanche je pu même voir les efforts insistants de ce baleineau en devenir. Et de baleineau, croyez-moi,  il devint assurément plus gros qu’un cachalot !

Mon lit craqua, le sol se déroba et comme une arche éventrée ma maison s’écartela. Asséché dans mon ventre engrossé, le poisson senti bientôt l’urgence et me fit rouler, m’entraînant dans sa quête vers le lit de notre rivière. 

Toujours coincé dans mon univers, le curieux poussa sur ma chair comme sur un cocon le papillon, et plus frêle qu’un papier de soie ma peau se déchira pour voir naître ce nouveau naufragé. 

L’aventure, cher public, aurait pu parcourir encore mille rivages. Mais oh dommage, ce fut en cet instant troublant que mon sommeil m’éveilla.

Et chaque soir depuis cette nuit, un rituel m’oblige à soulever mes draps cherchant désespérément un visiteur insolite et je ne puis que m’attrister de n’y rien trouver d’autre que d’invisibles acariens sans ambitions. Ou ne sont-ils pas tout simplement suffisamment curieux pour voyager au-delà de ma douce toison ? 

La Plume.... 








26 octobre 2016

Le Goéland



P’tite chérie métissée
Où j’pourrais ben t’trouver
Coincée dans une chambre noire
Ou illuminant un ciel de printemps
T’as pas idée d’l’a booze que j’prends
Pour rêver d’nos nuits volages
Et d’tes matins touchants

Si tu y’étais j’pourrais
Passer mes heures à te lover
En m’habillant la peau d’étoiles
Pis d'tes caresses m’endimancher
T’as pas idée des pièges que j’tends
Pour t’attirer oiseau sauvage
Sifflant sous le vent

Caméléon dans mes chansons
Ma p’tit étoile cache cœur
J’dépose ma tête sur ton bedon
Pour entendre tes gargouillis moqueurs

Moi j’sais pas pourquoi tu t’sauve tout l’temps
Moi l’amour m’envole comme Jonathan

Si j’te trouvais net fret
Mon p’tit amour tout métissé
Coincé dans ta peau j’voudrais
À jamais t’parcourir pis te suer
T’a pas idée d’l’a rage qu’ça prend
Pour t’espérer amour mirage
Humeur du temps

Caméléon dans mes chansons
Ma p’tite étoile cache coeur
J’dépose ma tête sur ton bedon
Pour entendre tes gargouillis moqueurs

Moi j'sais pas pourquoi j'me sauve tout l'temps
Moi l'amour s'envole comme Jonathan



La Plume... cache coeur
* Texte original 2009


21 octobre 2016

Pourquoi ...

… étais-tu si gentille avec lui
… as-tu bu
… portais-tu une jupe si courte
… te maquilles-tu autant
… as-tu accepté de le suivre
… es-tu sortie si tard
… es-tu entrée toute seule
… as-tu couru dans ce sentier perdu
… as-tu pris ce raccourci
… l’as-tu laissé entré dans ta maison
... l'as-tu suivi dans sa chambre
… l’as-tu laissé faire partie de ta vie


… lui as-tu permis de se coucher près de toi
… t’es-tu déshabillée
… n’as-tu pas refusé sa bouche sur la tienne
… n’as-tu pas retiré ses mains
… n’as-tu pas serré les cuisses plus fort
… ne pas avoir hurlé
… ne t’es-tu pas débattue
… ne pas avoir dit non

... ne pas avoir laissé aller, ça aurait été moins douloureux
... te plaindre, il ne t'a pas laissé de marques sur la peau
… as-tu feint l'orgasme
… as-tu pris ta douche immédiatement après
… l’as-tu dénoncé
… as-tu ressenti le besoin d’en parler maintenant
… n’en as-tu pas parlé avant
… ne pas avoir pris sur toi
… veux-tu gâcher sa vie

Et à cela, dois-je comprendre : pourquoi suis-je née femme ?

La Plume... solidaire 


    1 femme sur 3 a été victime d’au moins une agression sexuelle depuis l’âge de 16 ans. 
    1 homme sur 6 sera victime d’une agression sexuelle au cours de sa vie. 
    Les 2/3 des victimes sont âgées de moins de 18 ans. 
    82 % des victimes d’agression sexuelle sont des femmes. 
    Plus de 75 % des jeunes filles autochtones âgées de moins de 18 ans ont été victimes d’agression sexuelle.
    40 % des femmes ayant un handicap physique vivront au moins une agression sexuelle au cours de leur vie. 
    1 femme sur 7 est agressée sexuellement au moins une fois par son conjoint. 
    Près de 8 victimes sur 10 connaissent leur agresseur. 
    7 victimes sur 10 ont été agressées sexuellement dans une résidence privée. 
    Près de 90 % des agressions sexuelles ne sont pas déclarées à la police.

Toutes ces statistiques sont tirées de :
Ministère de la Sécurité publique (2006).
Les Agressions sexuelles au Québec.
Statistiques 2004. Sainte-Foy, Québec: Direction de la prévention et de la lutte contre la
criminalité.

15 octobre 2016

Ma vie comme une saison



Ma journée fut rougeoyante, ainsi que mes joues pincées de ce froid qui s’invite dans les couleurs d’automne. Sous mes pas courent des orangés brûlants et des pépites jaunes plus odorantes que l’or. Devant mes yeux, se voilent d’autres verts que celui de mes prunelles et sied fièrement à la cime des conifères, si hauts, si beaux, si dominants. Cette couleur d’été rassurera de la tristesse des feuillages qui nous quittent. Le vert. L’espoir. L’indomptable de celui qui a pris racine et ne se laissera pas intimider par le vent.

Ce même vent qui affolera bientôt les flocons, me rappelle que la vie avance, que sous ses airs éclatants d’automne la nature arborera bientôt son manteau blanc et craquera de neige. J’aime la neige. Cette neige qui se trace ou s’efface et qui hurle de son froid mordant.

En patientant cet hiver, les sentiers nous charment l’âme et tamisent nos heures. En patientant nos demains, la vie nous charme ces moments  que l'on espère.


Ma vie comme une saison…

La Plume

4 octobre 2016

Carrosse la Cit'rouille!


19h15. Au retour de la ville lumière,  je m’étais gonflée d’orgueil au volant d’un Carrosse que j’avais surnommé la Cit’rouille. Je ne pouvais savoir, lors de mon départ 2 heures plus tôt, qu’elle le redeviendrait aussi brusquement, passant de bolide à citron et me laissant à peine le temps de me porter sur le bas côté pour éviter la catastrophe.

Ça c’est passé au kilomètre 45, ou est-ce le 46 ? Je ne sais plus trop ; les derniers moments ayant requis toute ma concentration considérant l’apparition soudaine d’une vibration mécanique inquiétante. Le Carrosse avait offert, pourtant jusqu’ici, une adhérence à la route digne des Formules 1 sur grands circuits, mais je sentais, en mon fort très intérieur que le voyage ne serait pas terminé tant qu’on ne serait pas, lui et moi, confortablement stationnée dans la cour du Chef.

Au village, avant départ, Grand Manitou m’avait fait état du lamentable de Carrosse. Il m’avait indiqué qu’ici et là se cachaient quelques problèmes. Mais de Carrosse, qui avait déjà tellement roulé sa bosse, j'espérais en tirer de me rendre service encore un ti-peu avant de rendre l’âme.

Après 120 kilomètres, ou 121, (rappelez-vous, moi-même je m’y suis un peu perdue) et malgré toutes ses finesses à mon égard et des miennes pour lui, ce qui devait arriver arriva:  le peton arrière gauche n’ayant su tenir le vibrato de la route forestière a subitement déchaussé sa tignasse de sur son maître essieu en un sourd bruit d’arrachement de garnotte.

Frustration, moi ? Pas vraiment. Résignation sur un fond de « coudonc » ? Tellement.
La seule chose me turlupinant pour l’heure était cet insoutenable tenaillement dans mes boyaux. Vous comprendrez que je n’avais rien avalé qu’une assiette maigrelette à 11h et comme nous étions près de 6h30 plus tard, j’avais bien peur de devoir me digérer les entrailles pour encore quelque temps.

Rapidement, un carrossable beaucoup plus en forme que le mien s’arrêta pour me demander comment nous allions : 

« En panne de pneu, monsieur ! ». 

Après griffonnage de quelque notice pour convoquer un remorquage, je me retrouvai bien seule et bien loin de mon doux bercail, à prendre quelque temps pour admirer l’assemblage céleste (oh nuit noire, je t’aime tant!) et à réintégrer l’âtre de mon fief sur trois roues pour ne pas prendre froid ni attirer d’ours tout aussi affamés que moi.

Le sauvetage de ma personne, près de 45 minutes plus tard, me permis de découvrir de nouveaux comparses, tout aussi épuisés de leur aventure en ville Lumière que la mienne, mais moins amochés au finale, et dont le transport divertissant me permis de retrouver ma seule et unique Diligence. Cit'rouille comprendra... de toute façon, elle et moi, ce n'était qu'un fantasque conte de fée.


La morale de cette histoire, s’il en est une, est la suivante : les nouvelles expériences n’ont jamais tué personne ! Crevaison en d’étranges cantons non plus… alors prenons la chose avec sagesse mais ne nous laissons plus prendre par une Cit’rouille lorsque l’horloge l’éloigne d’être Carrosse !

La Plume... 
... dont le berceau accueille maintenant sa propre carcasse épuisée!