21 novembre 2010

La théorie de la meilleure personne



À un enfant on demande naturellement: que seras-tu lorsque devenu grand?

À l'adulte que l'on ne questionne plus (curieusement) sur son avenir alors qu'il en a encore bel et bien un devant, pourquoi ne pas demander alors: qui es-tu, et que veux-tu des années qui t'habiteront encore? Ma réponse, simple et efficace: devenir une meilleure personne!

Mais c'est quoi, devenir une meilleure personne?

C'est peut-être un changement de look, l'implication dans une cause humanitaire ou environnementale, l'amélioration de son sort en frappant le jack pot de l'emploi valorisant et bien rémunéré, l'épanouissement dans une relation amoureuse égalitaire et respectueuse de ses individualités, une vie de famille enrichissante... enfin, la construction d'une aura de bonheur à l'arceau souple et illuminé de rires et de plaisirs? Trop facile...

C'est quoi, selon vous, devenir une meilleure personne?

Passe encore: quitter une vieille addiction, se remettre en forme, être plus présent pour ses proches et amis, transformer son intérieur par le Feng shui, éliminer ses rides par la chirurgie, changer de motoneige, prendre un cours d'art culinaire? Hum... pas sûr!

Mais coudonc, j'y comprends plus rien moi... une PLUSS MEILLEURE PERSONNE? Il me semble que la question est simple?

Oh que non!

Devenir une meilleure personne ça demande des efforts invisibles à l'oeil nu mais remplis d'introspection. C'est une transformation lente et quelque fois imprévisible.

Car la chenille qui tisse son cocon est-elle consciente de ce que sera le résultat final?
Aurait-elle choisi ce "type de papillon-là" si on le lui avait présenté avant le début de son ermitage?

Devenir une meilleure personne, on ne sais pas trop vers quoi ça nous mènera, ni à quoi ça servira, mais j'imagine que ça nous permet de s'accepter, de s'épanouir et de donner au suivant. Mais c'est un concept, ça. Ça s'écrit, ça se travaille, mais n'est pas toujours facile à réaliser.

Le hic, en fait, c'est qu'on sait ce qu'on était avant de démarrer le processus, mais on ne sait pas trop si le résultat sera probant! Par définition il devrait l'être. OK. Car "meilleur" implique la notion de garanti ou argent remis!

Je m'y vois donc comme une participante à une série télé comme "Décor ta vie". Si l'harmonisation des couleurs et des draperies est épatante, en ouvrant les yeux, je ne pourrais que m'écrier WOW en ouvrant la bouche, ravalant ma salive et coulant quelques larmes! Mais non, il n'y a pas forcément de cameraman devant nous à la sortie d'un soi-disant cocon mais n'en demeure pas moins la présence de dizaines de curieux, parents et amis, de l'autre côté du rideau et qui nous espèrent sous notre DORÉNAVANT pluss meilleur nous, avec éclat, brillance et épanouissement flagrant.

Mais encore... partir à la recherche de "sa meilleure personne", s'enfermer dans une cocon c'est de la foutue théorie parce que qui d'entre nous peut réellement se retirer de son quotidien pour habiter sa soie le temps d'atteindre ce but? Non, devenir une meilleure personne c'est le travail de toute une vie. Parfois on a du temps à y accorder, d'autre non: faut vivre avec les réalités du moment.

C'est avancer sans décider à l'avance jusqu'où l'on voyagera, avec qui, quand et comment... C'est d'y aller tout de GO sans réclamer 200. Juste avancer. Mettre un pied devant l'autre. Ne pas se laisser décourager lorsque l'on tourne en rond, ne pas s'écrouler devant l'adversité, ne pas laisser les préjugés nous influencer et faire s'écarter de notre voie.

Compliqué à la puissance existentielle, ce travail intérieur? Ne serait-ce pas plus facile de s'en remettre à un coach de vie, un psy ou plasticien ou autre réparateur pour humain de ce genre? Parfois utile pour démarrer le processus, il faut ensuite se faire confiance et s'en remettre à soi. À soi seul.

Le piège à éviter, moi je vous le dis, c'est de penser y être déjà parvenu. Ah oui, c'est un peu ça! Car les parvenus, c'est connu, ça n'avance plus! Et ça ne se trompe jamais, quelle misère...

Alors la recette pour devenir une meilleure personne? Laissez de côté les GPS, les conseils d'experts et n'espérez pas au détour la gloire devant cameraman: faites votre travail quotidien, arrêtez-vous souvent devant vous-même pour observer la personne que vous êtes devenue à ce jour. Félicitez-vous mais ne vous arrêtez pas là! Un peu d'effort, de grâce. Et au final, si vous êtes une meilleure personne à vos yeux, c'est que vous l'êtes probablement pour ceux qui gravitent tout autour.

J'aime assez l'idée en tout cas!

La Plume... plussss qu'hier mais moins que demain :)

11 novembre 2010

La ronde des papillons

Aujourd'hui, nous avons eu droit à notre premier papillon vert... depuis septembre.


Fier comme un petit prince, mon Bouclé, affranchi de son plus beau et émouvant sourire, m'a lancé en ouvrant bien grande la porte de la maison:

" Maman, j'ai eu un papillon vert! Et j'ai participé au tirage de la semaine! Et j'ai gagné des petites voitures!!!"

La ronde des papillons est donc devenue, pour mon fils et moi, un sujet d'ambition. Considérant les déficits des ses neurones agités, arborant trop souvent des ailes orange brûlé ou rouge flamboyant, les papillons sont devenu des indices de la tournure des évènements.

Je crois bon, dans ce billet, démolir tous vos diagnostics des derniers jours. Ceux-là même qui sont venus à votre esprit depuis la lecture de "Pour qui courir". En fait, vous y est tous allé de vos mots d'encouragements, de questions excessivement délicates pour éviter de prétendre à des maladresses. On m'a demandé s'il était autiste, déficient... d'autres ne l'on pas dit carrément mais on supposé. Bref, des myriades de prétentions qu'au final, et je l'avoue candidement, j'ai involontairement provoquées.

En relisant mon texte, donc, j'ai pris soin de chercher les informations qui pouvaient laisser croire à des diagnostics aussi effrayants. Et avec tout le respect que je porte à l'autisme et la déficience intellectuelle, je rassure mes lecteurs: mon fils ne souffre en rien de cela. Mais mon fils est neurologiquement malade. Et ça se soigne...

Depuis 3 ans déjà, dans mon coeur de mère, il y a cette certitude que mon Bouclé n'est pas comme les autres. J'ai questionné, obtenu des réponses, mais certains y étant farouchement opposés, j'ai dû attendre et me replier jusque dans les méandres du l'organisation scolaire pour trouver enfin une oreille, une ouverture saine et intéressée à comprendre puis aider.

Mon Bouclé est toute l'énergie que la vie d'un enfant oblige, avec cet excès que son cerveau ne sais pas se doser, s'arrêter, contrôler ses pulsions. En résultat alors des comportements l'empêchant de mettre un frein naturel à tous ses élans. Il n'est ni autiste, ni déficient, ni glinglin... il est HYPERACTIF! Mais si je vous avais vendu cela autrement, en écrivant simplement qu'il court toujours partout, qu'il n'arrive pas à réfréner ses discours et qu'il saute au cou de tous ses amis en pleine classe, vous auriez tous eu le très préjudiciables réflexe de prétendre à la mauvaise discipline, au "mauvais élevage" parentale.

La difficulté avec la réalité des enfants souffrants de TDAH et de leur famille ne tient pas du diagnostic qui peut être établit sans autres doutes, mais elle tient dans les préjugés, la méconnaissance, l'impertinence de ceux qui croient à tort, qu'en leur tordant le bras on arrivera à quelque chose. On ne remettrait pourtant jamais en doute la nécessité de médicamenter un enfant souffrant d'une vilaine fièvre, ni de laisser porter des verres correcteurs à celui qui est myope. Pourtant, le TDAH n'a rien d'une prétention moderne comme quoi le milieu scolaire ou parentale a perdu patience à l'égard de ses enfants! C'est un trouble neurologique connu et reconnu.

Depuis toujours, mon Bouclé n'arrive pas à tenir sur une chaise. Dans les corridors de son école on le surprend constamment à gambader, sautiller, placer une botte devant son crochet puis l'autre au crochet d'un ami de la classe voisine. En un mois, déjà, il est arrivé à bout de tous ses crayons à force de se lever pour aller à l'aiguisoir! Bouger, bouger, bouger... dans son corps, dans sa tête, tout le temps, partout, peu importe les conséquences.

Fier de ses connaissances et de sa force de petit homme en pleine santé, il est énergique. Mais trop. Alors douteriez-vous de l'utilité d'intervenir si votre ordinateur disjonctait? Si des milliers de pages Internet s'ouvraient toujours devant votre écran mais ne laissant à aucune le temps de s'afficher ou de transmettre ses informations correctement? Si votre tête était un continuel champ de bataille entre tout ce qu'il y a à faire, d'avec ce que vous entendiez, voyiez, respiriez, touchiez, ressentiriez? À quand le repos et la possibilité de comprendre réellement la vie qui vous entoure?

Mon Bouclé est hyperactif. Et ça se soigne.
Mon Bouclé est doux, et infiniment intelligent, et patiemment bien élevé.
Mon Bouclé est un ange cornu a qui des ailes pharmacologiques sont nécessaires pour qu'il puisse s'envoler!



La Plume... qui adore son blondinet bondissant!

5 novembre 2010

Pour qui courir


Elle fut intense, sous le soleil de novembre, cette petite course de 6km. Je me suis demandée tellement de fois les raisons pour lesquelles je courrais, pendant les derniers mois, que je n'avais jamais cru que cela puisse servir qui que ce soit d'autre que mon égoïste moi. Pourtant, ce matin, l'évidence portait les élans de cette nouvelle source d'inspiration, la question étant soudainement devenue: "Pour qui courir?". J'ai donc réalisé à quel point se tenait, devant mes yeux embués d'incertitudes et de désemparement, cette image de ton visage inspirant. Aujourd'hui, j'ai couru toute la sueur de mon corps juste pour toi.

Je courrais pour tes grands yeux bleus, vifs de curiosité et de toute l'impétuosité malade de tes déficits synaptiques...

Je courrais pour le bouclé de ta tête pleine de ces neurones en constante chamaille d'avec tes propres instincts bondissants...

Je courrais pour ton sourire moqueur qui tente d'effacer les grossièretés lancées sans crier gare...

Je courrais pour tes muscles qui se tendent comme des arcs à réaction, 24 heures sur 24...

Je courrais en me disant que si mes blessures de joggeuse avaient la chance de trouver guérison dans la patience de quelques jours, quelques semaines de repos, les tiennes ne disparaissaient pas, même dans toute la volonté de tes promesses de petit garçon. Ni même pendant tes sommeils car je soupçonne jusqu'à tes rêves d'êtres peuplés de champs de batailles, de Transformers, de dinosaures, de voitures de courses. Et de feuilles d'automne qui virevoltent, de crapauds sautillants, de chevaliers galopants, de chanteurs hurlants.

Non, ton repos, même, n'est jamais paisible. Et malgré la nuit pour t'adoucir ne serait-ce que trop peu, tes journées demeurent des combats ultimes d'avec les étourderies que ton esprit imagine.

Et dans tout cela, cher amour, cher petit, ton corps malmené par ses urgences émotives arrive à se lover, parfois, contre le mien en se faisant boule d'abandon suppliant ma chaleur apaisante. Si tu savais alors tout ce mal que je ferais mien pour ensuite le bombarder comme on le fait des monstres décadents! Mais je ne peux que caresser ta tête en chuchotant des mots d'amour et en rêvant pouvoir m'y glisser pour débrancher les connexions tortueuses de tes tourments.

Je courrais aujourd'hui pour souffrir à ta place. Je montais de rage les sentiers abruptes, je brûlais mes muscles en arrachant l'asphalte sous mes pas, je grimaçais mes palpitations sans pitié comme pour tenter d'anéantir ces forces constantes et d'apparences immobiles qui t'habitent.

Je courrai demain, et l'autre encore jusqu'à ce que tes chemins ne convergent plus que vers un seul: celui de la quiétude de ton esprit et la paix de tes fibres corporelles.


La Plume...