29 août 2017

À toi, l'autre moitié de mon lit

 Autre moitié de mon lit

Je te regarde, comme ça…
Tu sais que tu en aurais de la chance?
Tu sais tout le plaisir qu’il y aurait à te cacher sous ma couette?
À pouvoir allonger tes longs matins et faire la grâce?
À pouvoir tortiller les couvertures et t’y perdre sans scrupules?
À y abandonner ta tête ébouriffée pour lui vivre encore un moment de légèreté?

Je t’imagine et plus encore…
Je soupire à l’idée d’espionner tes orteils, et remonter
Sentir tous ces petits bouts de toi et taquiner ta peau
Sous des airs sages je ne le suis pas tant, tu sais!
À moi aussi il me vient ces envies d’explorer tes interdits!

Tu sais, autre moitié de mon lit…
Tes matins perdus à mes côtés seraient les bienvenus
Je ne me raconterais pas seule mes rêves à dormir debout
Je dormirais allongée, retournée, enlacée
Cette cuillère qui ne servirait pas qu’à sucré mon café
Elle serait toi et moi
Elle serait chatouilles et souffles coupés
Elle nous éloignerait le temps de se perdre puis se chercher encore

Autre moitié de mon lit…
À quand ta chaleur, tes douceurs et tes ronflements?
À quand toi qui me regarderait avec cette étincelle dans les yeux?
Pourquoi hésites-tu à tomber tes barrières et glisser, insouciant?
As-tu peur de ne plus pouvoir en sortir? Libre? Indépendant?
As-tu peur de ne plus pouvoir de reprendre tes moments de vie, le jour venu? 
As-tu peur de ressentir cette envie de t’y reperdre, la nuit tombée?

Moitié de mon lit, à trop hésiter il y a les occasions manquées
À trop craindre il y a les tangages qu’on ne se fait plus
Et on habite un lit entier à nous tout seul
Et on s’engourdi comme ça

 Tu sais, autre moitié de mon lit…
J’allonge le bras parfois et pour rappeler à mon demi sommeil que tu n’y es pas
Je pousse même l’audace jusqu’à envahir ton espace en pensant qu’il deviendra comme une partie de moi

Mais, hélas, autre moitié…
Nos moitiés ne sont pas des manques
Nos moitiés sont des espaces à conquérir et à chérir
Le tien, le mien, les nôtres.

Autre moitié, lorsque tu oseras apprivoiser cette intimité 
Lorsque tu t'inviteras pour une première fois
Je serai éprise
Je serai douce
Et mordillant mon oreille
Tu chuchoteras que tu ne partiras pas…

Et je rougirai…


La Plume... comme dans une couette

9 août 2017

La blanche

Y’a quelques jours un ami m’a dit :

"Plume, oh Plume, il me semble qu’il y a longtemps que tu n’as pas épanché tes mots sur l’Encrier?"

"Plume, oh Plume, que se passe-t-il?"

Je n’ai pu qu’acquiescer.
Cela fait un bout.
Un bon bout.
C’est la page blanche.
Celle qui emmure l’écrivain dans sa tête
Celle qui noie son imaginaire
Celle qui l’empêche de s'expirer.
Celle qui l’aveugle.
Celle qui l’éteint.
Celle qui anxiogénise le créateur lettré.
Une foutue page blanche.

Mais non.
Rien de blanc ici.

J’ai pris le temps de remuer ma tête.
De frapper mon lobe frontal contre mon crâne.
De gigoter ma matière grise à en perdre la raison.
Rien à faire.
La page n’est pas blanche : elle est vide.

Elle est vide de palpitations.
De passion.
D’illumination.
Elle est vide puisque tout, autour, est plutôt sujet à platitude qu’à plénitude.
Elle n’arrive pas à faire du sens, ni de la poésie.
La vie l’ennuie.
Et l’ennui la fait tourner en rond.
Et nous y revenons.

De la combinaison des couleurs, le blanc est productif. Il est utile.
Il temporise l’émotion et porte à la sublimation.

Non.
Ici il y a vide.
Un vide qui aspire vers l’intérieur, comme un trou noir.
Voilà : ma création qui broie du noir.
Quel malheur!

Moi je vide ma révérence.
Pour un temps.
Je vide mon insouciance.
Je vide ma comico-romantico-tragédie.
Je vide ma sympathie envers le genre humain.
Je me sens infertile.
Et ça rend ma plume futile.

Pourtant.
Les mots m’expriment encore.
Ils ont leur raison d’être et de tournoyer.
Ils se perdent et mon GPS neuronal tente de les orienter.

Je vivote alors entre tout vous dire et pudeur de ne pas trop, encore, me dévoiler.
Car la page blanche ça garde tout pour soi, alors qu'en contrepartie le vide, ça donne le vertige.

Vertiginons alors nos sauts dans le vide.
Retombons sur nos pattes comme les neuf vies félines.
Retroussons nos manchons.
Battons le fer pendant.
Soufflons sur la flamme pour qu’elle ne.

Et Diable, écrivons.
Car la Plume vient en écrivant.
Comme l'appétit.
Comme le vélo.
Ça ne se perd pas!





La Plume... qui laisse passer le manque d'inspiration!