
Je ferme les yeux...
Je me dis "coudonc, c'est pas d'même que ça va finir !?&!":¨£¤"# "
Et comme venant du fort, fort lointain, j'entends des bruits de tôle qui se plie, des craquements que je souhaite ne pas être ceux de mes propres os, et un grand bang! puis un second! et pouf... un son de ballon qui éclate. Puis encore d'intenses grinchements, des éclats de verres, le son effrayant de mon coeur qui panique... Ça va faire! Je crie un peu pour sortir le méchant... mais rien à faire, je continue à tourner, tourner... Et aussi vite que cela a débuté, tout s'arrête.
Le silence. Enfin le silence.
Je me sens arrivé à la fin de mes déboires et pendant une fraction de seconde j'y crois vraiment...
Je détache ma ceinture pour vérifier si tout mes morceaux tiennent encore au bon endroit. Mais c'est là que je le vois: derrière, arrivant en hurlant de son klaxon tonitruant, un immense camion chargé de tout son bois qui glisse vers moi!
Vite! Remettre ma ceinture pour qu'au mieux je ne frappe pas le pare-brise avec ma tête, que je ne fracasse pas mon torse contre le volant! Vite, vite, mais rien à faire, la ceinture ne veut plus parcourir ce petit centimètre qui me permettrait de sécuriser ce qui reste de mon espoir de m'en sortir en vie! J'ouvre la fenêtre, balais dans la noirceur mon bras pour supplier le conducteur du camion... pour lui signifier que dans ma carcasse de tôle écrabouillée il reste encore un petit bout de femme bien vivant! Je suis en colère: pourquoi avoir détaché ma ceinture alors qu'il n'y avait rien d'urgent? Je suis en pleine montée d'adrénaline... je ne veux pas abandonner mais je ne peux rien faire de plus...
Et il s'immobilise. À 5 mètres derrière moi. Je fais de grand signes, encore, pour qu'il vienne me voir, mais surtout aille porter assistance à celui ou celle qui est coincé dans l'autre voiture à mes côtés.
J'ai le cerveau en mode "plan d'intervention en situation d'urgence" et qui me dicte de bouger le moins possible. Qu'à cela ne tienne, je déroge et bouge mon corps pour atteindre mon cellulaire et hurler ma détresse à une répartitrice d'urgence qui me calme tant bien que mal. Je glisse la fermeture éclaire de mon manteau, touche ma poitrine qui se contracte, douloureuse... je ne saigne pas, respire presque normalement. Pas de râles, pas de barbottements, qu'une simple hyperventilation panique qui frissonne dans ma cage.
Puis les témoins qui s'approchent, me demandent comment je vais. Oui, oui, rien de cassé en apparence. Rien qui sanguinole, qui craque ou qui me fait perdre la notion du temps, de l'espace et de mon curieux environnement. Mais de la rage, des larmes et de la colère. Ah oui, de cela il y a un trop plein.
Quelques semaines plus tard, mes souvenirs s'apaisent mais rejaillissent parfois devant mes yeux au détour d'une route ou lorsque le silence cacophonique dans ma tête éclate encore de vitres brisés.
Je suis encore en vie! Et on aura beau dire que de la tôle froissée ce n'est rien qui vaille la peine de s'apitoyer, moi je me sens encore un brin pitoyable. Atristée, affectée.
J'ai maintenant un besoin viscéral de calme et de retour aux jours ensoleillés... moins de tempêtes, moins de tracas, un souvenirs moins pressant de tout cela. Et il arrivera.
La Plume
... pas trop mal plumée, qui vous salue bien en vie mais pas encore tout à fait d'énergie :)