
Devant moi un escalier. Sur le toit d’un musée. Garni joliment de feuillages, de plantes et de choux violacés au cœur expirant la rosée du matin, ce toit me partageait sa beauté non seulement à travers mes yeux, mais également en croisant le bleu de ceux de mon galant. Marchant derrière, parfois devant, mais invités dans le même espace, nos pieds se croisaient pour se confier qu’ici il y avait encore plus à voir. Puis pour envelopper le visiteur et le faire se sentir presque dans un salon intime et personnel, une musique, tantôt une rime, un rire, un chuchotement. C’est à travers les silences, parfois, que nous retenions nos souffles, pour ne pas briser la cadence, et surtout ne pas manquer le prochain passage ! Il y avait décidément dans ce moment, un grand enthousiasme. Et toute cette beauté au plein cœur d’une ville bruyante qui, par la virtuosité de l’assemblage muséologique, permettait le recueillement et l’enchantement.
Ma curiosité a toujours été immense et intense. Bon : tout ne me passionne pas, mais lorsque ça vient me chercher, je me sens soudainement redevenir une enfant tous sens en éveil. Parce que je crois profondément que les petits ont cette capacité que l’on perd en vieillissant. Et quand on dit d’un adulte qu’il n’a pas su garder son cœur d’enfant, je crois qu’on pourrait plutôt l’accuser de ne plus savoir comment s’émerveiller.
Mon bonheur d’apprendre passe également beaucoup par la façon qu’a de découvrir celui qui m’accompagne dans l’aventure. Prenez mes enfants, par exemple : une des grandes joies de leur venue dans ma vie est certainement d’avoir la chance de « ré-apprendre » les petites choses que je sais déjà mais à travers eux.
Quand je vois mon grand se passionner pour ce qu’il admire au-delà des nuages, je me rappelle à quel point j’ai moi-même, à une époque, été étourdis par les splendeurs de la fresque céleste. Couché sur une plate forme en bois, dévorée par les moustiques, il m’arrivait d’attendre LE moment de la nuit qui me permettrait de pointer Andromède au télescope… puis de la voir disparaître avec un bonheur dans le cœur. Et ma poulette : a appris à lire seule, dévore les mots, placarde sa chambre d’exercices scolaires et n’en a pas assez de jouer au professeur. Elle me rappelle ce moment précis où, seule devant une encyclopédie (qui faisait peur à toute la maisonnée lorsque j’étais jeune parce qu’une image du cyclope y apparaissait), je traçais les lettres et photographiais leur courbe dans ma tête pour me les approprier un peu… en attendant de pouvoir décoder.
Et au petit dernier, qui m’a tellement ému : petit mais fort et conscient de ce a quoi il assistait, questionnant et observant l’infirmier qui tous les matins refaisait méticuleusement les pansements pas évident sur le nez de mon charmant papa. Pas dégoûté pour 5 sous, il se tortillait plutôt de curiosité en s’inquiétant plutôt de la futur capacité de l’organe à laisser s’écouler ses fluides… et du même coup il arrivait à détendre l’atmosphère de ces moments douloureux pour mon père. Pour lui, un pansement représentait une science nouvelle et enrichissante. Et le corps, pour lui, sera peut-être un futur terrain de découvertes !
Mon monde est donc continuellement enrichi par les occasions de découvrir à travers les yeux de quelqu’un d’autre. Je sais, et espère du même élan, que mes découvertes sont tout aussi excitantes pour celui qui les vivrait à travers moi.
Et pour en revenir à cette formidable journée, débutée par une marche sur le toit d’un musée : elle fut riche en émotions, le ciel riche en grisaille, le souper riche de bleu, de rouge et de discussions animées. Si une seule fois par semaine, une seule heure par jour, une minute dans une calme soirée pouvait nous combler d’avoir eu la satisfaction de découvrir quelque chose de nouveau et de passionnant nos vies seraient pleinement remplies et heureuse. Enfin, moi j’y aspire !
La Plume…















