J’hésite à le vivre souvent.
Ce flot de paroles que ma bouche n’ouvre pas par
crainte de laisser fuir mes moments.
Muselés par mes propres lèvres et emprisonnés par les
muscles de mon cou.
Ce cou tendu. Ce cou fragile.
Il me vient alors cet urgent besoin de notre rencontre.
Une rencontre silencieuse entre mes mains et votre
peau.
Le seul instant où ma tête savoure le présent et
quitte hier et demain.
Elles me permettent de dire ce que ma bouche ne peut
pas.
Elles sont ma voix.
Sous l’index qui se pose et respire un grand coup, la
danse subtile commence.
Je les agite tous, gardant pourtant la pression de mes
pouces pour la faveur de vous dire ce que je sais de vous.
Et ces mêmes pouces qui insiste sur vos propres douleurs.
Et qui vous murmurent ce que personne n’ose.
Mes mains descendent pour fabriquer ce sourire.
Un sourire qui vous fait immensément charmant et
fondre le cœur des charmantes.
Il n’y a plus d’espace alors entre vous et moi.
Je ressens votre âme unique perdu entre mille âmes
impudiques.
Celles qui errent et celles que la vie nous apporte.
Votre joue me chuchote qu’elle en veut encore.
Timidement.
Timidement.
Si mes doigts s’arrêtent, pourtant, c’est pour
apprécier la pause et parfaire le moment.
Ou est-ce par crainte d’en dire trop?
Par peur de vous submerger de mes aveux?
Tous mes doigts perdent alors peu à peu ce plaisir du
présent et s’inquiètent pour demain.
Tous posés délicatement sur votre tête, ils reprennent
leur souffle.
Peut-être étaient-ils seulement à bout d’air?
Peut-être craignaient-ils se retrouver à bout d’amour?
L’auriculaire s’anime.
Il regarde tous les autres et il s’en fout.
Il regarde tous les autres et il s’en fout.
Lui, seul, descendra sous votre menton pour reprendre
la danse.
Soliste d’un grand orchestre.
Des cordes de votre barbe jusqu’au cuire de vos tambours.
Ces joues. Les vôtres.
L’index qui s’empresse, bien qu’encore ensommeillé, d’aller
vous surprendre.
Il goûte vos douces lèvres.
Il dépose ce baiser fortuit qui chavire.
Je respectais en vous ce délicat silence.
Mais voilà que votre peau me parle aussi.
Elle me presse de ne pas quitter vos fibres.
Elle me chercher lorsque la pression de mes mains s’estompe.
Votre menton se dresse.
Votre tête fabrique ses propres caresses sous mes
doigts.
Votre corps laisse échapper par votre bouche, un son.
Une lueur de l'âme.
Votre corps laisse échapper par votre bouche, un son.
Une lueur de l'âme.
Si mes mains vous parlent, sachez aussi lire mes
absences.
Toutes ces fois où elles s’éloignent.
Toutes ces fois où elles vous permettent d’être
ailleurs.
Toutes ces vies qu’elles vous souhaitent de vivre même
lorsque cela veut dire que vous ne reviendrez pas.
Mes silences sont aussi votre liberté.
Et dans mes mains s’est inscrit ce bel hommage de la
tendresse de votre visage.
Elles savent votre valeur, vos courbes, votre chaleur.
Elles vous remercient de cette portion d’éternité.
De ce discours inachevé.
Nous reprendrons.
Nous reprendrons.
