21 mars 2018

Du bout des doigts, je vous parle...




J’hésite à le vivre souvent.
Ce flot de paroles que ma bouche n’ouvre pas par crainte de laisser fuir mes moments.
Muselés par mes propres lèvres et emprisonnés par les muscles de mon cou.
Ce cou tendu. Ce cou fragile.

Il me vient alors cet urgent besoin de notre rencontre.
Une rencontre silencieuse entre mes mains et votre peau.
Le seul instant où ma tête savoure le présent et quitte hier et demain.
Elles me permettent de dire ce que ma bouche ne peut pas.
Elles sont ma voix.

Sous l’index qui se pose et respire un grand coup, la danse subtile commence.
Je les agite tous, gardant pourtant la pression de mes pouces pour la faveur de vous dire ce que je sais de vous.
Et ces mêmes pouces qui insiste sur vos propres douleurs.
Et qui vous murmurent ce que personne n’ose.

Mes mains descendent pour fabriquer ce sourire.
Un sourire qui vous fait immensément charmant et fondre le cœur des charmantes.
Il n’y a plus d’espace alors entre vous et moi.
Je ressens votre âme unique perdu entre mille âmes impudiques.
Celles qui errent et celles que la vie nous apporte.

Votre joue me chuchote qu’elle en veut encore. 
Timidement.
Si mes doigts s’arrêtent, pourtant, c’est pour apprécier la pause et parfaire le moment.
Ou est-ce par crainte d’en dire trop?
Par peur de vous submerger de mes aveux?

Tous mes doigts perdent alors peu à peu ce plaisir du présent et s’inquiètent pour demain.
Tous posés délicatement sur votre tête, ils reprennent leur souffle.
Peut-être étaient-ils seulement à bout d’air?
Peut-être craignaient-ils se retrouver à bout d’amour?
  
L’auriculaire s’anime. 
Il regarde tous les autres et il s’en fout.
Lui, seul, descendra sous votre menton pour reprendre la danse.
Soliste d’un grand orchestre.
Des cordes de votre barbe jusqu’au cuire de vos tambours.
Ces joues. Les vôtres.

L’index qui s’empresse, bien qu’encore ensommeillé, d’aller vous surprendre.
Il goûte vos douces lèvres.
Il dépose ce baiser fortuit qui chavire.

Je respectais en vous ce délicat silence.
Mais voilà que votre peau me parle aussi.
Elle me presse de ne pas quitter vos fibres.
Elle me chercher lorsque la pression de mes mains s’estompe.
Votre menton se dresse.
Votre tête fabrique ses propres caresses sous mes doigts.
Votre corps laisse échapper par votre bouche, un son. 
Une lueur de l'âme.

Si mes mains vous parlent, sachez aussi lire mes absences.
Toutes ces fois où elles s’éloignent.
Toutes ces fois où elles vous permettent d’être ailleurs.
Toutes ces vies qu’elles vous souhaitent de vivre même lorsque cela veut dire que vous ne reviendrez pas.

Mes silences sont aussi votre liberté.
Et dans mes mains s’est inscrit ce bel hommage de la tendresse de votre visage.
Elles savent votre valeur, vos courbes, votre chaleur.
Elles vous remercient de cette portion d’éternité.
De ce discours inachevé.
Nous reprendrons.



 La Plume... mains dessus, mains dessous!