17 mai 2012

Douloureuse

Je suis douloureuse, docteur.


Je suis douloureuse car mon cœur est encore jeune et ma vie me semble bien vieille. Je suis douloureuse parce que mes tripes me virent de bord, mon cerveau brouille et mon cœur tachycardise.


Il n’y a pas de col vert, de rouge ou de blanc qui couac comme il se doit. Ni hier, ni ce soir et encore moins demain lorsqu’à l’aube une spéciale coincera, sur un billot grand comme l’orgueil, des têtes et bien pire : des âmes.

Car une jeunesse c’est une âme. Belle ou maladroite, mais une âme tout de même. La jeunesse apprend à vivre à imiter la vie des autres. Et comme Paul Piché l’a si bien chanté :


« Mais les enfants c’est pas vraiment, vraiment méchant
Ça peut bien faire ou faire mal de temps en temps
Ça peut cracher ça peut mentir, ça peut voler
Au fond ça peut faire tout c’qu’on leur apprend… »

Et si on leur apprenait le calme, le compromis et la modestie. À tous. Cette modestie qui fait les grands hommes? Celle qui éclipse l'orgueil, la colère et la vengeance?  Une main tendue rassure bien plus que celles que l'on cachent dans le dos.

Et si on se souvenait de nos indignations, avant de minimiser celles des autres?

Ma jeunesse n’est pas si loin de moi, docteur, mais elle me fait encore souffrir. Elle me tient à la gorge lorsque mon compte bancaire bascule son pécule vers celui des riches. Elle panique mon anxieuse insécurité d’emploi. Elle aveugle mes espoirs d’un avenir meilleur pour mes enfants qu’il n’y paraissait de ma petite enfance d’avant. Elle me donne le vertige quand les défenseurs d’une urgence estudiantine n’arrivaient pas, il n’y a encore pas si longtemps, à s’élever pour décréter l’urgence d’une mafieuse construction.

Mon ancienne jeunesse s’indigne mais elle ne bouge pas toujours lorsqu’il se doit, trop catatonique dans ses muscles. Parvenue, moi? Déjà?

Non, docteur, ne m’anesthésiez pas docteur! Fermez les gaz et ouvrez les fenêtres que je m’envole sage et ankylosée derrière les vigoureuses de la volée! Peut-être sauront-elles me revigorer et moi les calmer un peu. Juste un peu… car le combat est parfois lent mais toujours porteur.

Ma jeunesse me manque. Je crois que c’est la source de mon mal. Oh, douloureuse. Je suis douloureuse… je vous envie cols rouges et verts et blancs. Mon âme arc-en-ciel cherche pour votre cause l’autre extrémité, celle où se cachent des pièces d’or et un petit lutin rieur.

À la place, je trouverai encore ce soir sommeil en frissonnant, nauséeuse et douloureuse.

La Plume




10 mai 2012

Nouvelle saison de pourquoi courir!

Depuis quelques courses, je fréquente les Hots! Bien sûr qu’elles sont Hots! Bleus, vert lime et grises, chaussures de transition, sises entre les minimalistes et les traditionnelles. On évolue… que voulez-vous? Et évoluer, aujourd’hui me tenaille profondément.

Devrais-je? Oserai-je? Vais-je?

Ça a commencé il y a 2 ans, après avoir sautillé mon premier demi. L’illumination d’un plaisir et d’une satisfaction du devoir accompli incroyable! Malgré la hanche, les tibias, les ampoules, Achille et Lenoir qui avait alors boycoté une bonne partie de mon été, et de mon entraînement, et presque venus à bout de ma tête de cochon.

D’un Doc prétentieux à une ventouse presque vaudouiste, à des Rodrigues adaptées et des semaines de repos forcé j’y étais tout de même arrivée. Sans oublier les encouragements généreux et indispensables, du François en passant par Chantale et les enfants qui ne pouvaient réellement comprendre pourquoi maman se torturait- masochiste à ses heures- autant. Qu’à cela ne tienne, pour la valeur de l’honneur, ils avaient également participé à leur première course sur un parcours bondissant de Petits.

Mais devrais-je?

Est-ce défi, audace, ténacité, orgueil mal placée? Enfin, si j’me souviens (en bonne québécoise que je suis…), à l’époque de mon rêve du demi tout était nouveau. La distance, le régime, les périodes de repos, les intervalles puis le fameux parcours. On n'y croyait pas... enfin, autour de moi, en dehors de moi. Et en dedans, envers et contre eux tous, j'y rêvais tellement!

En 2 ans de conditionnement mental et physique, courir le demi est maintenant source de fierté et coincé en quelque part entre le défi mesuré et la zone de confort. Je connais mon tempo, l’adrénaline des départs et la douleur du fil d’arrivée. Je sais ce que la périostite souffre moins que l’ampoule et que les Rodrigue ne sont pas toujours utiles.

« Sortir de ma zone et viser la démesure, est-ce sage, docteur? »

Car à l’arrivée de mon dernier demi je me rappelle avoir dit : « Pis là, faudrait r’virer de bord et tout recommencer… ouf! »

Oserai-je?

Car la madame carbure au défi. La madame a un intrinsèque besoin de se dépasser, de prouver des choses. Oui. Elle est comme ça, la madame. D’une autre génération j’aurais été celle avec la douzaine d’enfants, la première femme noire dans un autobus de blanc, la première aux croisades. Mais je ne suis ni chevalière, ni noire, ni ma grand-maman. Je suis tout juste moi avec mes deux pieds pour marcher – et courir – et me dépasser.

Alors, vais-je?

Sagesse oblige : je vais tester encore mes élans pendant quelques semaines avant d’arrêter mon choix. Et un demi prévu pour le début juin confirmera la forme ou non.

La Plume... qui adore s'en mettre plein les basquettes !!