20 juin 2010

1 1/2 ... pas à louer !


Il est actuellement 21h57. Je viens tout juste d'intégrer mes appartements.

À première vue? Et bien, un immense 1 pièce de 1 mètre sur 2 avec vestibule (faisant ici office de 1/2). Portes et fenêtres laissant filtrer la lumière et le vent du large, selon. Commodités? Hum... quatre pochettes latérales pouvant accueillir (et accueillant actuellement) un paquet de mouchoirs en papier - une bouteille d'eau et des fruits séchés - une trousse de produits de beauté et un livre. Au toit (cathédrale d'un bon mètre!) un vide poche très utile pour y insérer un luminaire tamisé (me permettant d'écrire en ce moment ces quelques lignes).

Le mobilier est modeste mais charmant: une simple chaise style art-camping avec dossier rabattable et fessier non ajustable. Faut faire avec. Ah! un avantage: il peut se convertir en oreiller (zéro ergonomie) lorsque le précieux petit en plumes d'oie douillet a été oublié à la résidence principale. Argh....

Pour la chambre, un matelas rustique à l'extrême... plus près du sapinage d'antan que du matelas à ressorts ensachés. Il a l'avantage de permettre à l'invité de redécouvrir toutes les subtilités des articulations de ses vertèbres et la souplesse des longs muscles partant du fessier jusqu'à la cheville. Un conseil? Éviter de se repositionner trop brusquement pendant la nuit car à coup sûr une grimace agrémentera votre visage et vous laisserez probablement s'échapper de cette dite grimace une prière à un saint de votre choix...

La cuisinette extérieure abrite un nid de guêpes (oups) exigeant une infinie délicatesse lorsque vous cuisinez vos petits plats. La plaque de cuisson, ultra-peu-moderne permet d'utiliser une seule casserole à la fois sur un réchaud au gaz d'avion qui ne fonctionne que selon deux réglages de températures: intense ou éteint. Prévoir donc de bon récurrent pour les oeufs collés au fond de la poêle... Réfrigérateur? Qué cé ça? Suggestion: congeler préalablement tout ce qui peut l'être et autrement prévoir banquet non périssable.

L'âtre est actuellement hors service en raison de l'indice extrême de feux de forêt alors les seuls loisirs lumineux de la soirée seront: spectacle de lucioles en pleine parade amoureuse (charmant) ou ciel étoilé (sauf si nuages il y a... et il y en a!) .

Salle d'eau en deux temps. Premièrement, les latrines écolo laissant expirer des parfums stimulants. Ici donc, nul besoin de laxatif ou de fibres pour se parfaire le colon: l'odeur appel l'urgence! Et pour la partie "eau", un seul et unique bain-douche disponible, droit devant: lac d'eau douce sur fond sablonneux (moins glissant que de la céramique, ma foi!) mais sans réglage possible de la température du fluide. Prévoir un maillot (à moins que la lueur du jour ne présente aucun désagrément pour vos instincts d'exhibitionniste), et surtout, autre sage conseil, un savon avec cordon. Il est aussi possible de le cacher dans la culotte de votre maillot, cela étant mon propre truc maison, mais prenez gare de le laisser glisser... le fond du bain avale tout! Et si vous voulez mon avis, au-delà du caractère hygiénique de l'acte, vous sentirez une entière satisfaction à retrouver ensuite votre sac de couchage, odeur de campeur en moins (pour reprendre tout aussi rapidement ladite odeur de camping... VOUS êtes en camping!)

Électricité? En option.

Le panorama ici est un incontournable. Sur la galerie arrière on peut se laisser instruire par une allée de conifères gommant (attention donc lorsque vous y installerez votre bâche... ich!) mais le prix du "plusse-beau-coup-d'oeil" revient à la terrasse avant. Échouant ses lames caressantes sur un sol aux grains marbrés de noir-ébène et de caramel-fondant, une mer aux beautés impérissables qui offre, moyennant connivence avec les vents, musique envoûtantes ou absolu silence. Un silence parfois si bruyant qu'il nous rappelle toute l'importance de ne rien faire du tout!

Considérant tous les considérants de la chose, pourquoi est-il plaisir à habiter un tel environnement, curieux mélange d'hostilité, de minimalisme et de grand espace? Et bien, il en est un plaisir, pur et dure, un seul, viscéral et instinctif à la fois: celui du retour au vide, à la lenteur, à la survie dans l'absence d'artifice ou de luxe auto gonflable.

Ici, on se réjouit de laver sa casserole avec le sable et l'eau de mer, on remercie la vie de pouvoir admirer un petit matin café à la main, et ce, en réussissant à oublier l'urgence de faire quoi que ce soit d'autre. Je crois que l'absence de confort permet l'absence d'illusions et impose plus justement ses certitudes dont celle de l'importance de vivre le moment présent et de s'abandonner au temps librement.

Trop souvent, le brouhaha du quotidien, des impondérables du boulot ou du paiement des factures nous suffoquent nos vraies besoins et nous martèlent en tête le mot "obligation". Je remercie alors le camping de me permettre de m'inspirer de mes instinctives vibrations plutôt que de mes obligations. Mais moi, honnêtement, malgré toute cette belle philosophie du vivre et laisser vivre, ne rien prévoir, se laisser aller? Où en suis-je réellement? Hum, et bien jamais sans mon cache-cerne, mon iPod et ma cafetière à piston! Et bon Dieu que j'ai hâte de retrouver les grâces de mon lit queen :)



La Plume...
qui a respiré goulûment chaque minute de ce premier vélo-camping de l'été!