23 février 2017

Le pêcheur de perles


Le pêcheur de perles est un être mystérieux. Bien entraîné, il sait repousser les limites de ses espaces tout en nageant dans les mers houleuses.

On jalouse le souffle qu’il sait retenir longuement.
Son gabarit et sa taille élancée et musclée en font un spécimen remarquable… et remarqué !

Sa technique de pêche éblouie…
D’abord, il nage en surface et promène son regard, ici et là, à la recherche du terrain marin propice à sa quête.

Confiant de sa démarche, il ne paresse pas.
Sa méthode de chasse au trésor lui permet de jouer du coude lorsqu’un compétiteur lorgne dans la même direction.

Lorsqu’inspiré et au bon endroit, il gonfle d’orgueil son poitrail, et sans retenue il assure sa descente vers la future précieuse.

Peu importe la main qu’il tend, sa délicate manoeuvre lui permet de remonter avec ce bijou avidement convoité.

La technique de séduction ne s’arrête pas de sitôt : à cette perle, s’impatientant de frémir au premier qui osera en dévoiler sa couleur, il entre-ouvre d’une main agile la carapace qui lui sert d’écrin. Conquise, comme cela l’est d’une toute première fois, elle tombe, charmée.

Naïve, sans doute. Car roulant sous les doigts du pêcheur, elle ne peut comprendre qu’ailleurs elle ira, encore et encore, ainsi ballottée selon vents et marées.  

Le pêcheur de perles. Le charmeur. Le tombeur.
Il ne s’arrêtera pas.
Il aspire aux premières fois.
Il est avide de l’adrénaline que sa chasse lui procure.
Et aussitôt dévoilée, il espère sa prochaine. Et puis l’autre. Et encore l’autre.

Quand aux perles.
Douces perles.
Vos ébats futurs espéreront toujours ce court instant de perfection.
Ces yeux qui vous regardent, brillants.
Ces mains qui vous enlacent…
… et ces doigts qui vous retournent.

Ainsi leur bonheur dans les premières fois.

La Plume... comme une perle




18 février 2017

Itinéraire... quel itinéraire?

Une phrase m’a troublée, à la fin de ce merveilleux film : « L’Arrivée » :

« S’il fallait connaître tout le chemin de sa vie, du début à la fin, feriez-vous les choses autrement ? »

Et moi ? Et vous ?

Ainsi va ce qui me touche maintenant…

Je vis, donc je vais quelque part. Et c’est comme ça depuis le jour de ma naissance, ce jour où l’on a ouvert le grand livre des itinéraires. Juste pour moi.

Chaque matin j’ouvre un nouvel itinéraire. Je ne sais pas toujours les raisons qui me portent vers un chemin ou un autre, certains sont moins lourds de conséquences. Mais au final, est-ce si important ? Il n’y a pas de petit ni de banal chemin. Ils en sont tous. Car ils sont tissés ensemble, envers et contre nous. Et comme dans tout, les chemins les plus faciles passent plus rapidement que ceux qui nous mènent à puiser dans nos capacités de dépassement.

Il y a donc une certaine manière d’inspirer qui nous permet l’apesanteur, celle qui est utile pour mieux se laisser transporter. Elle est faite de naïveté, de laisser-aller et ne demande qu’à garder les yeux ouverts, l’esprit libre et le cœur gonflé. D’une main que l’on tend jusqu’à nos pieds que l’on dépose et nos racines qui prennent à la terre, le voyage appelle tout notre corps à s’abandonner. 

Ignorer où l'on ira n’est pas malheureux : il permet un lâcher prise sur demain. Le voyage, pour être utile, doit permettre de faire ses propres découvertes et d’élancer ses fibres sans retenue,  sans craindre de quitter hier. 

Je sais que plus je vis, plus j’ai vécu, plus je rêve d’itinéraires. Avec comme seul sac sur mon épaule mes histoires, les douces comme les sauvages. Elles me sont utiles puisqu’elles guident mes passages. Elles mêmes en ont été. Et naïve à chaque fois devant celles-ci, elles ont été des départs menant à des arrivées, qui ont fait de moi ce que je suis maintenant.

Je reçois les chemins comme des invitations que je ne saurais ignorer. Et bien que toujours prête à prendre le large, les moments d’arrêts sont des passages tout aussi précieux et sages. Comme le soupir en musique, la pause fait du sens. 

Et l’important n’est pas toujours l’arrivée, mais la transparence qu’on y met. Ce que l’on avance en demeurant soi-même est infiniment plus inspirant. C’est une source de fierté qui nous accompagne.

Alors, s’il avait fallut que je connaisse tous les chemins, toutes les routes, tous les étrangers et les fleurs et les repaires ? En somme, revivrais-je ma vie ? Si c’est pour être ici, ce que je suis, et maintenant, je vous rassure : c’est un grand oui !


Pour le temps qu’il me reste, merci de me laisser mes surprises !

La Plume

11 février 2017

Trop peu d'assez

Il faut se le dire. Il faut se l’avouer : y’a des rencontres dans une vie qui nous rentrent dedans. Vlan ! On se retrouve là, un soir, un ailleurs, un hiver, et sans avertir l’étrange surgit devant soi.

Il se qualifie d’étrange car quelques secondes auparavant il n’y était pas. Il n’existait pas. Et là, il y est. Et il est soudainement « trop ». Il y est avec tous ses « trop ». Ses trop beau, trop charmant, trop ricaneur, trop érudit, trop musical, trop ludique. Trop.

Il devient si rapidement « trop » qu’on en oubli de garder leur place aux « assez ». Et on élude complètement les « peu ».

Et les « trop » de l’étrange nous retournent à nos propres « trop ». Et deux « trop » qui se croisent ça fait des électrochocs. Et ça ne se satisfait pas des « assez », et ça s’horripile des « peu ».  Ça devient rapidement trop « trop ».

Trop X trop = infini

Infini envie, infini émotions, infini désinhibition, infinis rires, infinis soupirs, infini on-arrête-le-temps.

Infini X infini = infini… décidément, on n’en sort pas.

On fait quoi alors avec les « assez » et les « peu » quand on est aveuglé par les « trop » ? Car eux aussi existent ?

Les « assez », c’est simple : notre inconscient les transforment en cactus. Même sans l’essentiel, même sous notre négligente interférence d’avec leurs propres besoins, ils survivent. Ils ne craignent pas nos déserts.

Peut-on en dire autant des « peu » ? Difficile puisque les « peu » disparaissent et on ne les remarque même plus. On se retourne et hop ! Alors pourquoi avoir des « peu » dans sa vie alors qu’on peut négliger les « assez » et s’enflammer avec des « trop » ?

Logarithmiquement, les « peu » tendent eux aussi vers l’infini. Mais avec tellement de zéros après la décimale qu’on ne les mesure plus. Les « peu » semblent des « peine-perdue ». Mais lorsque l’on vit confortablement avec nos « assez », les « peu » sont utiles. Ils comblent l’espace avec finesse et discrétion. Comme le timbre de 1 cent sait le faire. C’est lorsqu’il n’y est plus que l’on constate son absence, et alors il nous manque terriblement.

Les pingres sont pleins de « peu ». Et ils jubilent de leurs « peu ». Pour eux, le vide poche est orgasmique. Pour les pingres les « assez » sont rebrousse-poil ou les « trop » de l’énergie consentie péniblement.

Alors on imagine le pingre comme un éternel avare du plaisir et un paresseux amoureux. Il n’espère rien, il tend vers l’infini sous zéro. Mais lui, il est heureux. Sans malice, juste comme ça. On ne lui en veut pas : son infini est fait de tous ses petits « peu ». On l’envie peut-être, finalement.

Les « trop » font perdre la tête. On plane dans les nuages. On ne gravite plus au centre de notre univers… Ils nous ramènent sournoisement à nos propres déséquilibres jusqu’au jour où, comme les trous noirs, ils avalent notre lumière ainsi que notre précieux temps. Et ils tournoient, nous étourdissent, nous enlisent. Ils sont les deux bouts de la chandelle.

Au final, je rêve d’un équilibrant « assez ». Cet « assez » qui sera généreux et qui sera heureux d'apprivoiser jusqu’aux plaisirs de mes « peu ». Pour lequel je ferai de même.

Un « assez » qui me prendra par la main, qui demeurera à mes côtés et au final sera ému et supportant de mes moments et de ma sensibilité, tout en me rappelant que c'est grâce à tout cela que je suis moi. Que moi. Ni trop, ni trop peu. Juste assez.

La Plume