8 octobre 2017

Moi X... toi, Babyboomer!

On dit souvent de moi, et des gens de ma génération, les X, que nous n’avons plus aucune notion des vraies valeurs. On dit également que notre vie est contrôlée par le plaisir et que lorsque ce dernier n’est plus présent, ou qu’il cède sa place à la routine, que nous souffrons de désillusion et quittons sans plus de remords. 

On nous accuse d’être matérialistes, portés sur l’argent, les p’tites vites, la loi du moindre effort. 

On nous prend pour des êtres incapables de persévérance, tant au travail qu’en amour : à la moindre embuche on tire notre révérence et on disparaît.

J’ai longtemps réfléchi sur la question, surtout aux détours de mes propres séparations amoureuses et professionnelles, en me questionnant sur mes qualités, mes défauts, mes désirs et mes espoirs. 

Je veux quoi de cette vie, moi? Quelles valeurs m’ont transmises mes parents qui pourraient bien m’être utiles pour mon avenir et celui de mes propres enfants?

Anciennement, en fait dans le jeune temps de mes parents, les gens vivaient en troupeau : y’avait la clique familiale – les enfants étant pondus à la douzaine – et celle du voisinage – 84 enfants dans une seule petite rue. Puis il y avait le petit voisin souriant qui devenant le premier amour, le mari, ensuite l’amant et le père de moins nombreux enfants. Et le travail, lorsqu’il ne s’agissait pas de celui hérité de père ou du père du père, était celui pour lequel, même si l’on n’était presque pas qualifié, on suait et se sacrifiait jusqu’à l’âge vénérable de la retraite. Entre temps, la maison, celle que l’on avait bâtie de ses propres mains, avait élargit ses horizons pour voir naître une cabane en bois rond dans une forêt presqu’encore vierge d’où l’on pouvait taquiner la truite dans un ruisseau devenu rivière avant de devenir bassin hydroélectrique.

Et ainsi coulait douce et fluide la vie, presque sans embuches, d’où, pour sortir de sa routine pas toujours vivifiante, les parents décidaient de s’adonner à quelque loisirs divertissants : voyages dans le sud ou dans les boutiques de la grande ville, club de golf ou d’aérobie à la Jane Fonda, bénévolat pour le p’tits pauvres, Chevaliers de Colomb ou filles d’Isabelle, amant discret ou jeune maîtresse… la vrai vie, quoi! Et la Terre roulait ainsi, calmement, jusqu’à l’apparition de notre génération insouciante…

J’ai maintenant 44 ans, trois enfants que je partage avec mon ex, un X ième métier passionnant, des responsabilités à la tonne, un agenda toujours incertain, pas d’offres ou  parfois plus que je ne peux en prendre, juste assez d’amis, pas beaucoup d’amants… et pourtant un monde de plaisirs, de loisirs et de possibilités miroitants devant mes yeux jamais assez grands. 

On me considère intransigeante, perfectionniste, difficile, travaillante, mais personne ne me doit rien comme je sens, souvent, ne rien devoir à personne. Insatisfaite de ma situation? Pas nécessairement, car je ne connais rien d’autre. Enfin si, je connais l’autre façon de vivre : celle dans laquelle surfaient mes parents. Mais ce que l'on connait de l'autre on le voit de l'extérieur, rappelez-vous bien de cela. 

Eux, ressentaient l’appartenance, parce que tout était tellement soudé, tricoté serré, embobiné, entrelacé. Lorsqu’ils s’investissaient, ils étaient comblés de gratitude : un boss heureux donnait droit à une augmentation, un bonus, une promotion. Une conjointe heureuse donnait droit à son boeuf bourguignon, son sucre à la crème et son petit bonbon cochon. Et personne, dans cette belle histoire, ne doutait que les choses puissent se vivre autrement… jusqu’à ce que les babymoomers vieillissant décident de s’accaparer encore, par crainte de voir tout leur beau grand acquis professionnels ou sociaux s’effriter, une bien grande part du gâteau.

Pour réduire la lourdeur de leur quotidien, les babyboomers ont inventé le « disposable » : en débutant par les couches pour bébé, la vaisselle en styromousse, les papiers mouchoirs, pour se perfectionner ensuite dans l’ »indispendable » : nouvelle voiture, nouvelle télé, l’ordinateur puis le portable, le cellulaire, l’agenda électronique, le matelas à ressorts ensachés, la femme « remodelée », les enfants « mondialisés ».

Curieux, tout de même, et je me demande parfois dans lequel de ces détours ils ont décidés de se spécialiser ensuite dans le « non-indipensable », leurs employés. 

Mais lorsque l’on y pense bien, je crois que cela leur permet de se sentir éternellement jeunes, et indispensables eux-même. Car on pourra dire, dans les livres d’histoire du siècle prochain, que LES babyboomers étaient la masse, les courant d’idées, les dirigeants, les premiers syndicalisés, les premiers fusionnés, les premiers retraités à 55 ans… et que nous restera-t-il, nous qui courront derrière en faisant des courbettes, en espérant ne pas trop se faire exigeants malgré LES exigence des postes à combler? Et que dire de l’absence de reconnaissance, l’absence de contrats, la surdiplômation non-reconnue, les collègues que l’on voit disparaître du jour au lendemain sans raison? Pas étonnant, alors, que nous n’osions plus rien prendre au sérieux, ne serait-ce que nos propres envies de vivre, respirer, manger… et ne pas se faire chier outre mesure.

Moi, j’aurais parfois fait d’excellent choix, autrefois de mauvais, mais je ne vis qu’avec mon temps, comme vous le faisiez, nos chers parents, vous-même à votre époque. 

Que feriez-vous chaussés dans nos propres bottines? Mieux, pire? Personne ne peut le dire, et je ne critiquerai en rien les modes d’hier en me disant qu’elles sont précurseurs des besoins que l’on créer et des solutions que l’on tente de trouver pour demain.

Je suis de mon temps. Tenez-vous le pour dit! Et oui, le manque de reconnaissance fait souvent parti de mon quotidien comme le sacrifice faisait parti du vôtre. Je vous fais grâce des disputes intergénérationnelles : elles non plus ne mènent à rien… et ne permettent ni réconciliation, ni remariage, ni promotion.

La Plume... 
...qui attend toujours son prince avec cabane en bois rond et truites-taquines, quand même!