On dit souvent de moi,
et des gens de ma génération, les X, que nous n’avons plus aucune notion des vraies
valeurs. On dit également que notre vie est contrôlée par le plaisir et que
lorsque ce dernier n’est plus présent, ou qu’il cède sa place à la routine, que
nous souffrons de désillusion et quittons sans plus de remords.
On nous accuse
d’être matérialistes, portés sur l’argent, les p’tites vites, la loi du moindre
effort.
On nous prend pour des êtres incapables de persévérance, tant au travail
qu’en amour : à la moindre embuche on tire notre révérence et on
disparaît.
J’ai
longtemps réfléchi sur la question, surtout aux détours de mes propres séparations amoureuses et professionnelles, en me questionnant sur mes qualités, mes défauts, mes désirs et mes
espoirs.
Je veux quoi de cette vie, moi? Quelles valeurs m’ont transmises mes
parents qui pourraient bien m’être utiles pour mon avenir et celui de mes
propres enfants?
Anciennement,
en fait dans le jeune temps de mes parents, les gens vivaient en
troupeau : y’avait la clique familiale – les enfants étant pondus à la
douzaine – et celle du voisinage – 84 enfants dans une seule petite rue. Puis
il y avait le petit voisin souriant qui devenant le premier amour, le mari,
ensuite l’amant et le père de moins nombreux enfants. Et le travail, lorsqu’il
ne s’agissait pas de celui hérité de père ou du père du père, était celui pour
lequel, même si l’on n’était presque pas qualifié, on suait et se sacrifiait
jusqu’à l’âge vénérable de la retraite. Entre temps, la maison, celle que l’on
avait bâtie de ses propres mains, avait élargit ses horizons pour voir naître
une cabane en bois rond dans une forêt presqu’encore vierge d’où
l’on pouvait taquiner la truite dans un ruisseau devenu rivière avant de
devenir bassin hydroélectrique.
Et ainsi
coulait douce et fluide la vie, presque sans embuches, d’où, pour sortir de sa
routine pas toujours vivifiante, les parents décidaient de s’adonner à quelque
loisirs divertissants : voyages dans le sud ou dans les boutiques de la
grande ville, club de golf ou d’aérobie à la Jane Fonda, bénévolat pour le
p’tits pauvres, Chevaliers de Colomb ou filles d’Isabelle, amant discret ou
jeune maîtresse… la vrai vie, quoi! Et la Terre roulait ainsi, calmement,
jusqu’à l’apparition de notre génération insouciante…
J’ai
maintenant 44 ans, trois enfants que je partage avec mon ex, un X ième métier
passionnant, des responsabilités à la tonne, un agenda toujours
incertain, pas d’offres ou parfois plus que je ne peux en prendre, juste assez d’amis, pas beaucoup d’amants… et pourtant un
monde de plaisirs, de loisirs et de possibilités miroitants devant mes yeux
jamais assez grands.
On me considère intransigeante, perfectionniste,
difficile, travaillante, mais personne ne me doit rien comme je sens, souvent,
ne rien devoir à personne. Insatisfaite de ma situation? Pas nécessairement,
car je ne connais rien d’autre. Enfin si, je connais l’autre façon de
vivre : celle dans laquelle surfaient mes parents. Mais ce que l'on connait de l'autre on le voit de l'extérieur, rappelez-vous bien de cela.
Eux, ressentaient l’appartenance,
parce que tout était tellement soudé, tricoté serré, embobiné, entrelacé.
Lorsqu’ils s’investissaient, ils étaient comblés de gratitude : un boss
heureux donnait droit à une augmentation, un bonus, une promotion. Une
conjointe heureuse donnait droit à son boeuf bourguignon, son sucre à la crème
et son petit bonbon cochon. Et personne, dans cette belle histoire, ne doutait
que les choses puissent se vivre autrement… jusqu’à ce que les babymoomers
vieillissant décident de s’accaparer encore, par crainte de voir tout leur beau
grand acquis professionnels ou sociaux s’effriter, une bien grande part du
gâteau.
Pour
réduire la lourdeur de leur quotidien, les babyboomers ont inventé le
« disposable » : en débutant par les couches pour bébé, la vaisselle
en styromousse, les papiers mouchoirs, pour se perfectionner ensuite dans
l’ »indispendable » : nouvelle voiture, nouvelle télé,
l’ordinateur puis le portable, le cellulaire, l’agenda électronique, le matelas
à ressorts ensachés, la femme « remodelée », les enfants
« mondialisés ».
Curieux,
tout de même, et je me demande parfois dans lequel de ces détours ils ont
décidés de se spécialiser ensuite dans le « non-indipensable », leurs employés.
Mais lorsque l’on y pense bien, je crois que cela leur
permet de se sentir éternellement jeunes, et indispensables eux-même. Car on
pourra dire, dans les livres d’histoire du siècle prochain, que LES babyboomers
étaient la masse, les courant d’idées, les dirigeants, les premiers
syndicalisés, les premiers fusionnés, les premiers retraités à 55 ans… et que
nous restera-t-il, nous qui courront derrière en faisant des courbettes, en
espérant ne pas trop se faire exigeants malgré LES exigence des postes à
combler? Et que dire de l’absence de reconnaissance, l’absence de contrats, la
surdiplômation non-reconnue, les collègues que l’on voit disparaître du jour au
lendemain sans raison? Pas étonnant, alors, que nous n’osions plus rien prendre
au sérieux, ne serait-ce que nos propres envies de vivre, respirer, manger… et
ne pas se faire chier outre mesure.
Moi,
j’aurais parfois fait d’excellent choix, autrefois de mauvais, mais je ne vis
qu’avec mon temps, comme vous le faisiez, nos chers parents, vous-même à votre
époque.
Que feriez-vous chaussés dans nos propres bottines? Mieux, pire?
Personne ne peut le dire, et je ne critiquerai en rien les modes d’hier en me
disant qu’elles sont précurseurs des besoins que l’on créer et des solutions
que l’on tente de trouver pour demain.
Je suis de mon temps. Tenez-vous le pour dit! Et
oui, le manque de reconnaissance fait souvent parti de mon quotidien comme le sacrifice faisait
parti du vôtre. Je vous fais grâce des disputes intergénérationnelles :
elles non plus ne mènent à rien… et ne permettent ni réconciliation, ni
remariage, ni promotion.
La Plume...
...qui attend toujours son prince avec cabane en bois rond et truites-taquines, quand même!
...qui attend toujours son prince avec cabane en bois rond et truites-taquines, quand même!