16 janvier 2010

Rolland le Grand


Je n'ai pas toujours compris la nature précise de sa recherche, ni la lourdeur de la tâche sur ses épaules. Peut-être que je pataugeais entre mon admiration personnelle et les préjugés tenaces de la société qui pense trop souvent que quatre années pour compléter une thèse c'est quatre ans de tricotage cérébral peu cher payé, mais permettant de vivre encore sur le nuage de l'éternel-étudiant-qui-n'a-pas-encore-besoin-de-se-justifier-à-chercher-un-réel-boulot...

Je n'ai pas partagé les moments qu'il me raconte difficiles, pénibles, épuisants. Je n'ai pas eu à le suivre dans l'enfer de l'expatriation physique et temporelle, dans les moments de solitudes inquiétantes, dans ses instabilités émotives du The Canadianman in London, dans des appartements minables, des "chu pu capable et déprimé mais je ne sais pas pourquoi"... Non, je n'y étais pas.

Ce que j'ai vu, pourtant, c'est l'assurance d'un homme qui adore son travail, dont le visage s'illumine et s'ouvre à l'autre lorsqu'il communique sa passion. J'ai même eu l'impression, parfois, de voir bouillir ses neurones à force d'excitation lorsque questionné sur la dite Chose!!!

Et puis j'ai partagés les derniers milles...

Angoissants...
Déstabilisants...
Déroutants...
Pleins de doutes... de fatigue... et de "advienne que pourra" !

Le monde est ainsi fait de gens qui pensent, qui étudient, qui analyse leur monde et leur environnement. De gens dont le métier est de nous faire une mémoire de richesses scientifiques et qui aspirent à des découvertes bouleversantes et utiles pour le bien de tous. Mais leur seule satisfaction, souvent, est celle du devoir accomplit. D'un travail qui, pour le bénéfice du commun des mortels, demeurera dans l'ombre. Et c'est ainsi que, plein d'humilité, ces chercheurs accomplissent sagement leur tâche en solitaire.

Comme le marathonien devant le fil d'arrivée, qui sait qu'il sera courbaturé, douloureux et tombera d'épuisement dans les heures suivant l'extase de sa course, le doctorant charmant y est arrivé dignement et a vaincu!

Alors, souriez docteur: nous sommes fiers vous :)


La Plume

P.S. Profite bien de ce dernier tour de piste ! Tu le mérites pleinement ...

13 janvier 2010

L 'IA: mais pourquoi?

Pour commencer, quelques définitions...

Automate (selon Larousse):

1-Jouet, objet figurant un personnage, un animal, etc, dont il simule les mouvements grâce à un mécanisme. 2- Péjor. Personne dénuée de réflexion ou d'initiative. (...)

Intelligence (toujours selon Larousse)

1. La faculté de comprendre, de saisir par la pensée; ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle. L'intelligence distingue l'homme de l'animal. (...) 2- Aptitude à s'adapter à une situation, à choisir en fonction de circonstances; capacité de comprendre, de donner un sens à telle ou telle chose.

Intelligence artificielle (trouvée dans Wikipédia)

" C'est la construction de programmes informatiques qui s'adonnent à des tâches qui sont, pour l'instant, accomplies de façons plus satisfaisantes par des être humains car elles demandent des processus mentaux de haut niveau tels que : l'apprentissage perceptuel, l'organisation de la mémoire et le raisonnement critique."

Et maintenant...

Si je me questionnes depuis quelque temps sur ce sujet c'est, qu'en étant confronté à mes réalités quotidiennes de mère, d'amoureuse, d'étudiante, de travailleuse autonome, de gestionnaire de mon budget familial, de sportive en état d'hibernation, d'entité pensante et gigotante, je constate que le défi de vivre est en soi un intelligence qui demande une perception bien humaine de la chose. Alors, pourquoi vouloir créer ultimement une forme d'intelligence artificielle qui remplacerait ce que je suis. Et oui, Je pense donc je suis serait difficilement transposable à l'IA parce que je crois qu'il faille également être pour penser. Et voici donc ce que mon intelligence en pense...

Tout commence par un corps qui a des besoins physiologiques, puis se ramifie dans un réseau neuronal qui apprend de son environnement et de ses relations avec les autres toute sa vie durant. De la naissance jusqu'à la vie adulte il y a un univers de considérations qui permettent, dans une évolution constante de sa vie humaine, de développer une capacité d'adaptation et de raisonnement toujours en tenant compte du corps physique qui lui change également - et se dégrade ultimement - et meurt. Alors, première question piège? Pourquoi vivre, apprendre, se battre sur cette Terre si la mort nous guette tous de toute façon? On déborde un peu du sujet initial, soit! Mais pas tant que cela... on y reviendra peut-être.

Prenez le défi du parent, par exemple, dans ce processus: il doit d'accompagner dans une direction qu'il juge la plus adéquate (mais biaisée par son propre apprentissage) l'apprentissage de ses enfants. Il se doit d'encadrer, d'imposer des limites, de baliser tout en permettant l'autonomie... bref, pas évident !!!

Et pour en revenir à l'intelligence artificielle: malgré qu'il soit tout à fait utile qu'un ordinateur de type automate puisse résoudre des problèmes mathématiques frustrants, qu'il puisse évaluer des possibilités, se mouvoir sur mon plancher pour aspirer des poussières, d'un point de vu "ordinateur capable d'intelligence", qui souhaite réellement se faire consoler, caresser, critiquer, encourager par une boîte pensante tout aussi frappante d'humanoïdité qu'elle pourrait l'être? L'intelligence n'est pas que mathématico-pratique, elle est émotive, relationnelle, biologique.

Dans un monde de réalités humaines, admettons qu'il existe une multitude de petites actions et plaisirs qui sont souvent dénudés de chaleur et d'authenticité lorsqu'ils sont vécus par l'entremise d'un autre humain gigotant et pensant mais non impliqué émotivement dans la chose. Des exemple ?

  • Une soupe préparée par sa mère lorsqu'on a choppé un vilain rhume VS celle en sachet qu'on se prépare soi-même parce que personne n'est là pour le faire à notre place...
  • Le sourire pourtant courtois d'une caissière au marché du coin VS le sourire téléphonique d'un ami qui est au bout de monde...
  • La caresse sur la joue d'un amoureux VS une petite vite avec une "p..." pour vider un trop plein...

Comprendre dans ces exemples que malgré la satisfaction d'un plaisir ou d'une réalité immédiate, la non connexion émotive ne permet pas toujours le souvenir agréable et signifiant. Alors imaginez-vous les mêmes plaisirs comblés par une intelligence artificielle?

Une autre limite de l'intelligence artificielle est la capacité à apprécier et interagir, même si elle peut être particulièrement organisée et stratégique, dans le déroulement d'une situation donné.

Prenez cet autre exemple: une IA vous remplace au retour de votre journée de travail et accueille vos trois enfants au retour de leur longue journée scolaire. Tout en arrêtant le petit dernier de hurler inutilement ses frustrations, en tentant d'encourager la seconde qui a bousillé son bricolage dans son sac à dos et en confirmant à l'aîné qu'il peut effectivement jouer un peut dehors jusqu'à l'heure du souper (qui se devra d'être prêt dans les temps, équilibré et riche en légumes colorés, sachant qu'il ne fera pas le bonheur de tous et sachant qu'elle devra expliquer le pourquoi du pourquoi de ce choix alimentaire), que le téléphone rugira et débouchera sur une conversation inutile avec un courtier de la banque, que sa propre envie de pipi sera perçue comme l'opportunité de se cacher quelques précieuses secondes, qu'au retour la crise du petit se soit aggravée, que la seconde persistera à quémander de l'aide pour rafistoler son bricolage scolaire, que le plus vieux entrera en coup de vent pour réclamer une nouvelle paire de mitaine car les siennes sont mouillées (mais forcément il ne se souvient pas de l'endroit où il a rangé l'autre paire...) et que notre IA se rendra subitement compte qu'il lui manque du lait et du pain pour le déjeuner du lendemain... ÉPUISÉ? Moi, je ne mise pas cher sur la durée de vie des circuits de notre IA! Pourtant, si un jour une IA arrive à me remplacer dans ces moments pénibles de la vie quotidienne, qu'elle arrive à comprendre, raisonner, intégrer, satisfaire tous ses besoins pratico-pratiques, physiologiques et émotifs ainsi que ceux des être pensants qui l'entourent je veux bien prendre ma retraite sur une plage dorée et choisir de ne plus exister.

Pourquoi?
Parce que le danger de créer une intelligence artificielle c'est mettre l'humain au rancart. C'est à tout le moins ne plus exister dans ses rôles d'encourager, consoler, caresser, ne plus pouvoir pleurer, jouir, manger, ne plus avoir à aimer, avoir besoin de l'être. Ne plus savoir quand, quoi, comment penser, ne plus vibrer, être curieux, instinctif, colérique, spontanée, imparfait. Ne plus avoir besoin de rien, ne souhaiter rien, ne plus être utile!

Et qui a vraiment envie d'être mis au rancart de la sorte et laisser une intelligence artificielle lui voler ces moments criants de complexité mais de vérité?

Sur ce, bonne réflexion en ce début d'année... au plaisir d'alimenter mon blogue lorsque pas trop épuisée :)

La Plume

P.S. Ma pensée, ici, ne se fonde que sur le plaisir de discuter de la chose et non pas sur une connaissance approfondie et théorique de la chose. Et tant mieux !