C’est
un pont.
Un pont
entre avant et maintenant.
Un pont
vers une rive douce et attendue.
Un pont
en attente d’un demain.
L’arrivée
comme un passage.
Mais
l’arrivée, pour moi, juste à la seconde où je vous écris, c’est
fondamentalement ici et maintenant. Un
moment que je vis avec simplicité, juste là, assise sur une chaise au coin de
la salle de pause des universitaires dont je fais encore un peu partie.
Je
réalise que rien ne presse. Et ça me fait du bien.
J’entends
la machine à café et le vent glacial qui frappe dans la fenêtre.
Mes
sens éveillés… mais rien d’hyper stimulant… sauf peut-être un petit excès de
douleur provoqué par les aléas de l’hiver sur ma xénoplaque péronéale.
Je
réalise que la vie ne se précipite pas à la même vitesse et avec la même
urgence d’une période à l’autre. Le savoir c’est bien, l’accepter, le vivre et
le ressentir, c’est de la lucidité. Il y a une heure à peine j'étais encore trop occupée à mon goût, et maintenant je ne le suis plus du tout.
Pendant
que je pianote ce que mon « arrivée », au jour d’aujourd’hui et après les derniers mois de frénésie représente pour moi, il y a d’autres arrivées qui voyagent tout autour. La
vôtre, la leur, la sienne.
Certaines
arriveront comme une finalité. Un point de non retour. Un passage.
Je le
tenais, il y a quelques heures, dans ma menotte.
Cet
espace-temps inqualifiable et délicat de toute une vie et je me demande...
Ça dure
combien de temps, toute une vie ?
Si on
additionne toutes les minutes qui nous ont semblées interminables d’avec les
jours où tout passe si vite, la durée d’une vie ça se calcule comment ?
Et que
dire des bonheurs et des malheurs qui nous ont fait perdre la notion du temps.
Ça s’ajoute, ou ça se soustrait ?
Et les
retours en arrière, les changements de cap, les pertes de temps, les pauses-maladies, les détours
incompris, ça se mesure comment ?
Je me
sens maintenant.
Comme
on sent la chaleur ou le froid.
Mais ça
se sent comment, le temps ?
Le
manque de temps…
Le
mauvais temps…
Le trop
de temps…
Toute
sa menotte dans la mienne.
Qui
d’elle ou de moi est réellement arrivée quelque part ?
Je ne
sais plus trop : y’a tellement de façons d’arriver, et tellement de raison
pour partir.
Mais
merci de m’avoir permis d’arrêter le temps ce matin, juste pour toi, toi qui es à la mère de
tous mes instants.
Oh, et s'il-te-plait, ne
part pas tout de suite… j’arrive !
La Plume

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