19h15.
Au retour de la ville lumière, je m’étais
gonflée d’orgueil au volant d’un Carrosse que j’avais surnommé la
Cit’rouille. Je ne pouvais savoir, lors de mon départ 2 heures plus tôt,
qu’elle le redeviendrait aussi brusquement, passant de bolide à citron et me
laissant à peine le temps de me porter sur le bas côté pour éviter la
catastrophe.
Ça
c’est passé au kilomètre 45, ou est-ce le 46 ? Je ne sais plus trop ;
les derniers moments ayant requis toute ma concentration considérant l’apparition
soudaine d’une vibration mécanique inquiétante. Le Carrosse avait offert,
pourtant jusqu’ici, une adhérence à la route digne des Formules 1 sur grands circuits, mais je sentais, en mon fort très intérieur que le voyage ne serait pas terminé
tant qu’on ne serait pas, lui et moi, confortablement stationnée dans la cour
du Chef.
Au
village, avant départ, Grand Manitou m’avait fait état du lamentable de Carrosse.
Il m’avait indiqué qu’ici et là se cachaient quelques problèmes. Mais de Carrosse, qui avait déjà tellement roulé sa bosse, j'espérais en tirer de me rendre service encore un ti-peu avant de rendre l’âme.
Après
120 kilomètres, ou 121, (rappelez-vous, moi-même je m’y suis un peu perdue) et
malgré toutes ses finesses à mon égard et des miennes pour lui, ce qui devait
arriver arriva: le peton arrière gauche n’ayant su tenir le vibrato de la route forestière a subitement
déchaussé sa tignasse de sur son maître essieu en un sourd bruit d’arrachement
de garnotte.
Frustration,
moi ? Pas vraiment. Résignation sur un fond de
« coudonc » ? Tellement.
La
seule chose me turlupinant pour l’heure était cet insoutenable tenaillement
dans mes boyaux. Vous comprendrez que je n’avais rien avalé qu’une assiette
maigrelette à 11h et comme nous étions près de 6h30 plus tard, j’avais bien
peur de devoir me digérer les entrailles pour encore quelque temps.
Rapidement,
un carrossable beaucoup plus en forme que le mien s’arrêta pour me demander
comment nous allions :
« En panne de pneu, monsieur ! ».
Après griffonnage de quelque notice pour convoquer un remorquage, je me
retrouvai bien seule et bien loin de mon doux bercail, à prendre quelque temps pour admirer l’assemblage
céleste (oh nuit noire, je t’aime tant!) et à réintégrer l’âtre de mon fief
sur trois roues pour ne pas prendre froid ni attirer d’ours tout aussi affamés que moi.
Le
sauvetage de ma personne, près de 45 minutes plus tard, me permis de découvrir
de nouveaux comparses, tout aussi épuisés de leur aventure en ville Lumière que
la mienne, mais moins amochés au finale, et dont le transport divertissant me
permis de retrouver ma seule et unique Diligence. Cit'rouille comprendra... de toute façon, elle et moi, ce n'était qu'un fantasque conte de fée.
La morale
de cette histoire, s’il en est une, est la suivante : les nouvelles
expériences n’ont jamais tué personne ! Crevaison en d’étranges cantons
non plus… alors prenons la chose avec sagesse mais ne nous laissons plus
prendre par une Cit’rouille lorsque l’horloge l’éloigne d’être Carrosse !
La Plume...
... dont le berceau accueille maintenant sa propre carcasse épuisée!

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